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Ni sperme ni kaolin : ce qu’est réellement la substance blanche qui recouvre certains bébés à la naissance

Pour certains, il s’agit de sperme. Pour d’autres, cette substance blanche proviendrait du kaolin ou de l’argile consommés par la mère pendant sa grossesse. Autour de l’enduit blanchâtre qui recouvre parfois la peau des nouveau-nés à leur naissance, les explications ne manquent pas. Mais que dit réellement la science ?

« Contrairement à ce que certains pensent, cet enduit blanchâtre n’est pas du tout du sperme », explique le Pr Sibraogo Kiemtoré, gynécologue-obstétricien.

Cette substance, appelée vernix caseosa, est produite naturellement au cours de la grossesse. Elle est constituée notamment de cellules provenant de la couche superficielle de la peau du fœtus et de substances lipidiques produites en partie par ses glandes sébacées. Une revue scientifique publiée en 2019 décrit le vernix comme une structure complexe composée principalement d’eau, de protéines et de lipides, dont la formation est liée au développement de la peau fœtale.

Son apparence blanche ou crème pourrait expliquer certaines interprétations populaires. Dans certaines familles, on estime qu’il s’agit d’une accumulation de sperme. D’autres y voient une conséquence de la consommation de kaolin ou d’argile pendant la grossesse. Pourtant, les données scientifiques sur la formation du vernix l’attribuent aux processus naturels de la peau du fœtus et ne l’expliquent pas par la consommation de kaolin ou d’argile par la mère.

La croyance selon laquelle le vernix serait du sperme n’est d’ailleurs pas limitée au Burkina Faso. Une revue consacrée aux pratiques de soins du nouveau-né en Afrique subsaharienne rapporte que cette croyance a été documentée dans plusieurs pays, notamment au Sénégal, au Malawi, en Tanzanie et en Ouganda. Dans certaines communautés, la présence de cette substance sur la peau du bébé pouvait même conduire à lui donner rapidement un bain pour la faire disparaître. Une étude qualitative menée en Ouganda a également recueilli des témoignages associant directement le vernix à des rapports sexuels survenus en fin de grossesse.

Selon le Pr Kiemtoré, le vernix est avant tout une substance protectrice fabriquée par le bébé lui-même. Son rôle commence bien avant l’accouchement. Durant la grossesse, il contribue notamment à protéger la peau du fœtus du contact prolongé avec le liquide amniotique. Après la naissance, il continue à jouer plusieurs fonctions importantes.

Les recherches menées sur le vernix montrent notamment qu’il contribue à préserver l’hydratation de la peau et à renforcer sa fonction de barrière. Sa composition particulière lui permet également de limiter les pertes d’eau à travers la peau et de participer à l’adaptation du nouveau-né lors du passage de la vie intra-utérine à la vie extérieure. Des travaux scientifiques ont également retrouvé dans le vernix des substances présentant une activité antibactérienne, notamment le lysozyme et le peptide LL-37, ce qui suggère une participation aux défenses naturelles du nouveau-né contre certains microbes.

Tous les bébés ne présentent toutefois pas la même quantité de vernix à la naissance. Certains en sont largement recouverts, tandis que chez d’autres, il n’est visible qu’à quelques endroits du corps. Cette variation est normale et peut notamment être liée au terme de la grossesse.

Longtemps considéré comme une simple substance à éliminer, le vernix est aujourd’hui reconnu comme un élément important de l’adaptation du nouveau-né à son nouvel environnement. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les professionnels de santé recommandent généralement de ne pas donner immédiatement son premier bain au nouveau-né.

Si les croyances autour de cette substance persistent encore dans certaines communautés, les connaissances scientifiques permettent aujourd’hui de les remettre en question. L’enduit blanchâtre observé à la naissance n’est ni du sperme, ni du kaolin accumulé pendant la grossesse. Il s’agit d’une substance physiologique produite naturellement par le fœtus, dont les propriétés protectrices sont documentées par la recherche.

Madina Belemviré

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