Sérum glucosé et diabète : démêler le vrai du faux
Ne donnez jamais de sucre à un diabétique ! » Combien de fois avez-vous entendu cette phrase ? La rumeur circule, alarmante, jusqu’à laisser penser que perfuser du sérum glucosé pourrait tuer un patient diabétique. Cette idée largement répandue est-elle vraiment fondée ?

Il suffit d’un murmure pour que la rumeur se répande : « Ne jamais donner de glucose à un diabétique. » Pourtant, la réalité est plus nuancée. Le diabète se traduit par un excès de glucose dans le sang et nécessite un suivi régulier, mais loin de transformer un patient en bombe à retardement, la maladie se gère avec vigilance et méthode.
Le Dr Seydou P. Yaméogo, médecin interniste au CHU de Bogodogo rappelle que le glucose, présent dans le sérum glucosé, est une source d’énergie essentielle. « On l’utilise pour réhydrater un patient, apporter des calories aux personnes dénutries ou comme véhicule pour d’autres médicaments », explique-t-il. La méfiance vient surtout du fait que le corps d’une personne diabétique ne régule pas le glucose aussi rapidement qu’une personne saine. Une perfusion de glucose peut donc faire grimper la glycémie, mais ce n’est pas dangereux lorsqu’elle est administrée avec attention.
Pour se rendre compte de l’effet concret, le Dr Yaméogo précise qu’une poche de sérum glucosé contient 15 grammes de glucose, l’équivalent d’une demi-canette de soda ou de trois morceaux de sucre. Même si la glycémie monte légèrement, le débit peut être ajusté et les niveaux ramenés à la normale. Mais au-delà de la quantité, ce qui importe, ce sont les situations médicales où cette perfusion devient nécessaire pour protéger le patient.
Le sérum glucosé est utilisé dans deux situations principales. La première, explique le spécialiste, c’est quand le diabétique présente une hypoglycémie, c’est-à-dire un taux de sucre trop bas dans le sang. Cela peut arriver après une injection d’insuline, un médicament, un repas sauté ou un effort physique intense. Dans ce cas, le sérum glucosé permet de remonter rapidement le sucre dans le sang et d’éviter des complications graves. La deuxième situation concerne les cas où le corps fabrique des substances appelées corps cétoniques (dans l’acidocétose) à cause d’un diabète mal contrôlé. Dans la prise en charge, si le sucre diminue trop vite que les corps cetoniques, la perfusion de glucose aide à stabiliser le patient et à éviter que son état ne s’aggrave.
Ces pratiques cliniques sont confirmées par des études scientifiques. L’étude DIGAMI (Diabetes Mellitus Insulin Glucose Infusion in Acute Myocardial Infarction) a montré que chez des patients diabétiques victimes d’un infarctus du myocarde aigu, la perfusion de glucose et d’insuline suivie d’un traitement à insuline multidose réduisait la mortalité à un an de 29 % par rapport au groupe témoin (ScienceDirect, American College of Cardiology, PubMed). Une autre étude indique que l’administration de glucose intraveineux chez des patients hospitalisés diabétiques peut réduire de 20 % les complications per-opératoires, à condition d’un contrôle glycémique intensif (NCBI).
Le Dr Yaméogo insiste : « Le sérum glucosé peut-être utilisé sur les diabétiques et fait partie des protocoles de soins dans de nombreux hôpitaux. » Avant d’administrer le sérum glucosé à un diabétique, il faut contrôler la glycémie. Lors de l’administration de sérum glucosé chez les patients diabétiques, il faut surveiller régulièrement la glycémie et ajuster le débit de perfusion. « Le médecin peut ajuster la vitesse de perfusion du sérum glucosé pour éviter une augmentation trop rapide du sucre dans le sang », informe-t-il.
Loin d’être l’ennemi, le glucose sous forme de sérum glucosé peut devenir un allié discret mais vital, capable d’éviter des complications graves et même de sauver des vies. Les idées reçues sur le diabète et le glucose sont souvent exagérées. Avec un accompagnement médical approprié, le sérum glucosé s’avère sûr et utile. La vigilance et la régularité des contrôles restent la clé, et le glucose n’est pas l’ennemi qu’on croit.
Madina Belemviré

