VIH chez les enfants : seuls 27 % connaissent leur statut au Burkina Faso
Du 15 au 17 décembre, le Burkina Faso a choisi d’aller droit au but. Dans la lutte contre le VIH, une urgence demeure chez les enfants. Beaucoup ne sont pas encore dépistés ni suivis. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, la Société burkinabè de pédiatrie (SOBUPED), en collaboration avec le SP/CNLS-IST, a lancé une double campagne nationale de dépistage de charge virale et de rattrapage au profit des enfants de 0 à 14 ans. Une action concrète, guidée par des chiffres clairs et un objectif précis.

Mardi 16 décembre 2025, la SOBUPED a fait le point devant la presse. Cette année, la lutte contre le VIH se vit autrement, avec une attention particulière portée aux enfants. Selon le rapport 2025 de l’ONUSIDA, 40,8 millions de personnes vivaient avec le VIH dans le monde fin 2024, dont 26,3 millions en Afrique subsaharienne. En une seule année, 1,3 million de nouvelles infections et 630 000 décès liés au VIH ont été enregistrés.
Au Burkina Faso, le rapport 2024 de l’ONUSIDA indique une prévalence de 0,5 %, avec environ 94 000 personnes vivant avec le VIH et 3 000 nouvelles infections. Pour les enfants, on estime à environ 9 500 le nombre d’enfants vivant avec le VIH dans le pays, mais seuls 2 605 sont aujourd’hui identifiés et suivis dans les structures de santé, soit 27 %. Autrement dit, près de trois enfants sur quatre ne connaissent pas encore leur statut. Parmi ceux qui sont identifiés, la plupart sont mis sous traitement antirétroviral. Mais seuls 20 % des enfants vivant avec le VIH ont une charge virale bien contrôlée, c’est-à-dire que la quantité de virus dans leur sang est devenue très faible grâce au traitement.
Pour le Dr Sylvie Armelle Ouédraogo, pédiatre et représentante du président de la SOBUPED, ces chiffres montrent que les efforts en matière de prise en charge du VIH chez les enfants doivent être renforcés, notamment en ce qui concerne l’identification des enfants et le suivi de la charge virale.

C’est dans cette logique que la SOBUPED, engagée depuis 2019 pour que 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, organise chaque année des campagnes de dépistage lors de la Journée mondiale de lutte contre le sida. En 2025, la démarche est élargie. La campagne associe le dépistage du VIH et de l’hépatite B, le rattrapage des charges virales pour les patients déjà suivis, ainsi que le dépistage au sein des familles. L’objectif est simple, identifier les enfants et les adultes infectés, faciliter leur accès au traitement et améliorer la qualité de leur suivi médical.
Sept régions participeront à cette campagne, à savoir Bankui, Guiriko, Nando, Nakambé, Kadiogo, Tannounyan et Yadega. Dans la province du Kadiogo, 15 sites de prise en charge sont mobilisés.
Pour le SP/CNLS, représenté par Adama Ouédraogo, secrétaire exécutif du REGIPIV-BF, les avancées sont réelles. En 2016, le taux de transmission du VIH de la mère à l’enfant était de 8 %. Aujourd’hui, il est estimé autour de 3 %. L’objectif national est de passer en dessous de 2 % pendant trois années consécutives pour atteindre l’élimination. Ce chemin demande des moyens, de la persévérance et des actions visibles sur le terrain. Malgré des baisses de certains financements extérieurs, l’État burkinabè a maintenu son engagement à travers un plan d’urgence, montrant que la lutte contre le VIH, notamment chez les enfants, reste une priorité.

La campagne de dépistage se déroule du 15 au 17 décembre, tandis que le rattrapage des charges virales chez les enfants se poursuit jusqu’au 21 décembre. Les tests et les intrants sont disponibles, les acteurs communautaires et les professionnels de santé sont mobilisés. L’enjeu est désormais d’améliorer le dépistage, renforcer le suivi et faire en sorte que chaque enfant concerné ait accès à des soins adaptés.
Madina Belemviré

