Érysipèle : attention à la jambe rouge et douloureuse en saison pluvieuse
Chaque saison des pluies, de nombreux adultes consultent pour une jambe rouge, chaude et douloureuse, souvent due à une dermohypodermite aiguë bactérienne non nécrosante, plus connue sous le nom d’érysipèle, une infection profonde de la peau qui touche surtout les jambes et peut devenir grave si elle n’est pas traitée rapidement. Au CHU de Bogodogo, c’est la première cause d’hospitalisation en dermatologie, surtout pendant la saison pluvieuse. Prendre des anti-inflammatoires pour soulager la douleur peut aggraver l’infection et provoquer de graves complications.

Au CHU de Bogodogo, la dermohypodermite aiguë bactérienne non nécrosante constitue le premier motif d’hospitalisation en dermatologie, avec une fréquence moyenne de 24 cas par an selon le Dr Marcellin Bonkoungou, dermatologue vénérologue.
En 2022, 145 patients ont été hospitalisés pour cette infection, dont 95 pendant la saison pluvieuse. En 2023, 130 cas ont été recensés, dont 85 sur la période des pluies. En 2024, 147 cas ont été enregistrés, 90 pendant la saison pluvieuse, et de janvier à juillet 2025, 50 patients ont été pris en charge, dont 30 depuis le début de la saison pluvieuse. Ces chiffres montrent clairement que l’humidité et les conditions locales favorisent l’apparition de l’érysipèle.

La saison des pluies fragilise la peau. L’humidité, les pieds et jambes souvent mouillés, les sols boueux, l’eau stagnante et les activités agricoles pieds nus créent des portes d’entrée pour les bactéries. Les petites plaies, les piqûres d’insectes, les champignons entre les orteils ou l’eczéma deviennent autant de points d’inoculation. Certaines maladies comme le diabète ou l’obésité, poursuit le Dr Bonkoungou, ainsi que certaines pratiques cosmétiques comme la dépigmentation volontaire, augmentent également le risque.
Les signes sont souvent reconnaissables : fièvre élevée, jambe rouge, chaude, gonflée et douloureuse. Parfois, renseigne le spécialiste, apparaissent des bulles ou de petites zones de nécrose, c’est-à-dire des zones de peau qui meurent à cause de l’infection. Il est très important de ne jamais s’automédiquer ni appliquer de remèdes traditionnels, car cela peut aggraver l’infection et mettre la vie en danger.
« Prendre des anti-inflammatoires sans avis médical favorise la diffusion de l’infection et peut provoquer des complications graves, comme la nécrose ou un sepsis, une infection très sévère qui se propage dans tout le corps et peut mettre la vie en danger », prévient Dr Bonkoungou.

Protéger ses jambes ne demande pas de gestes compliqués. Laver régulièrement les pieds et les jambes à l’eau et au savon, bien sécher surtout entre les orteils, porter des chaussures propres pour éviter blessures et saletés, désinfecter toute plaie rapidement, ne pas marcher pieds nus et consulter rapidement en cas de fièvre ou de jambe rouge douloureuse sont des mesures simples mais efficaces.
Connaître les facteurs de risque et rester vigilant pendant la saison pluvieuse permet de prévenir l’érysipèle et ses complications, et de réduire le nombre d’hospitalisations pour cette infection encore trop fréquente au Burkina Faso.
Madina Belemviré

