MTN : une rencontre de journalistes africains entre échanges et immersion à Pobè
À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN), célébrée le vendredi 30 janvier 2026, les projecteurs se sont braqués sur un combat sanitaire longtemps relégué à l’arrière-plan. Dans cette dynamique, le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a réuni, les 29 et 30 janvier à Cotonou, des professionnels des médias autour d’un forum dédié à l’avancement de l’agenda africain pour l’élimination des MTN, avec pour ambition de repositionner ces maladies au cœur des priorités publiques.

La rencontre a rassemblé des journalistes venus des 41 pays membres du réseau, appelés à réfléchir au rôle des médias dans la visibilité des maladies tropicales négligées, encore largement sous-traitées dans l’espace public. Les échanges ont porté sur les défis liés à l’accès aux soins, à la prévention et à la mobilisation des décideurs autour de ces pathologies qui touchent principalement les populations vulnérables.
En marge des travaux, les participants se sont rendus à Pobè pour une immersion au Centre de dépistage et de traitement de la lèpre et de l’ulcère de Buruli. Appuyée par la Fondation Raoul Follereau, cette structure est aujourd’hui un maillon essentiel de la prise en charge des MTN à manifestation cutanée au Bénin. Son Directeur général, Oswald Attolou, a présenté aux journalistes une structure confrontée à des prises en charge lourdes, souvent longues, mais qui continue de jouer un rôle de référence au niveau national.
Avec une capacité de 86 lits et un taux d’occupation supérieur à 80 %, le Centre fonctionne à plein régime. En 2025, près de 300 patients y ont été admis, avec des durées d’hospitalisation qui dépassent fréquemment deux mois, en particulier dans les formes sévères de l’ulcère de Buruli et de la lèpre. Les soins assurés couvrent un large éventail d’actes médicaux, allant du traitement des plaies complexes à l’oxygénothérapie, en passant par les transfusions sanguines, le suivi psychologique et la surveillance clinique continue.
Les résultats observés au niveau national traduisent néanmoins des avancées notables. Le coordonnateur national du Programme de lutte contre la lèpre et l’ulcère de Buruli, Delphin Degla, a rappelé que le nombre de nouveaux cas de lèpre, qui atteignait environ 300 par an il y a vingt ans, est tombé à 70 cas il y a une dizaine d’années, avant de se situer à 85 cas en 2025. Pour l’ulcère de Buruli, la tendance est également à la baisse, avec près de 300 nouveaux cas annuels il y a dix ans contre 135 en 2025, après un passage sous la barre des 100 cas en 2024. Ces évolutions sont attribuées aux efforts de dépistage précoce, à l’amélioration de la prise en charge et au renforcement des actions de prévention communautaire.

Le CDTLUB de Pobè se distingue par une approche intégrée qui associe soins médicaux, recherche et accompagnement social. L’équipe est composée de médecins, d’infirmiers, d’aides-soignants, d’un chirurgien plasticien spécialisé dans les MTN, ainsi que d’un psychologue et d’une assistante sociale. Le centre participe également à plusieurs essais cliniques internationaux visant à réduire la durée des traitements, afin d’alléger le poids des hospitalisations prolongées pour les patients.

La visite des différentes unités, laboratoires, salles de soins et plateaux techniques a été guidée par Alice Toussaint, représentante de la Fondation Raoul Follereau au Bénin. Elle a rappelé l’engagement de longue date de la Fondation aux côtés des autorités béninoises, d’abord centré sur la lutte contre la lèpre, puis élargi à une prise en charge globale des MTN, en particulier au bénéfice des populations éloignées du système de santé.
Au-delà des soins médicaux, l’accompagnement social occupe une place centrale. Le centre mène des actions de lutte contre la stigmatisation, soutient les patients indigents et abrite une école non formelle permettant aux enfants hospitalisés de poursuivre leur scolarité. Actuellement, 47 élèves du primaire et 18 du secondaire y sont inscrits, limitant ainsi les ruptures scolaires liées aux longues périodes d’hospitalisation.
Madina Belemviré

