Symposium sur le paludisme : Ouagadougou mise sur les solutions africaines
Valorisation des ressources endogènes, production locale des antipaludiques, renforcement de la recherche et promotion de la relève scientifique. La troisième édition du Symposium international sur l’élimination du paludisme en Afrique, tenue à Ouagadougou, a fait émerger de nouvelles pistes pour accélérer la lutte contre cette maladie. Entre acquis, innovations et défis persistants, les acteurs engagés dans la riposte affichent une même conviction : l’élimination du paludisme est un objectif qui peut être atteint.

Pendant deux jours, la capitale burkinabè est devenue un carrefour d’échanges entre chercheurs, professionnels de santé, décideurs, partenaires techniques et financiers ainsi que des étudiants venus du Burkina Faso et d’autres pays africains.

Quelques jours après la clôture de la rencontre, le Dr Gauthier Tougri, médecin épidémiologiste et Directeur technique du Centre national de recherche et de formation sur le paludisme (CNRFP), dresse un bilan positif de cette troisième édition. Selon lui, la qualité des communications scientifiques, la participation active des congressistes et l’intérêt porté aux différents panels et conférences témoignent de la pertinence d’un tel cadre de partage des connaissances et des expériences dans la lutte contre le paludisme.

Le principal acquis de cette édition réside, selon lui, dans le renforcement des collaborations entre les institutions de recherche, les programmes nationaux de lutte contre le paludisme et les partenaires. Une dynamique qu’il juge essentielle, l’élimination du paludisme nécessitant une action concertée de l’ensemble des acteurs.
Cette édition a également été marquée par plusieurs innovations. En phase avec les orientations du Président du Faso, le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré, la valorisation des ressources endogènes a occupé une place centrale à travers une conférence inaugurale et un panel consacrés aux phytomédicaments et à leurs perspectives dans la lutte contre le paludisme. La réflexion sur la production locale des antipaludiques s’est également invitée au cœur des échanges, les participants estimant qu’il s’agit d’un enjeu majeur de souveraineté sanitaire pour les pays africains.
Le symposium s’est par ailleurs intéressé aux avancées en matière de surveillance du parasite et des vecteurs ainsi qu’aux stratégies innovantes susceptibles d’accélérer l’élimination du paludisme au Burkina Faso et sur le continent. Pour le Dr Tougri, ces différentes réflexions montrent que l’Afrique dispose des compétences et du potentiel nécessaires pour apporter une contribution majeure à la lutte contre cette maladie.
Placée sous le thème « Mettre fin au paludisme : maintenant c’est possible. Agissons ! », la rencontre a réuni près de 300 participants inscrits, en plus de nombreux visiteurs ayant pris part à certaines activités sans inscription préalable. Le programme scientifique a été particulièrement dense, avec neuf sessions de communications orales et deux sessions de communications affichées.
Plusieurs activités scientifiques majeures ont également été organisées, notamment un panel consacré aux phytomédicaments et aux perspectives de production industrielle des antipaludiques, un autre sur la co-création de stratégies innovantes pour accélérer l’élimination du paludisme, ainsi qu’un panel sur l’expérience de la Chine en matière d’élimination de la maladie.
Une attention particulière a également été accordée aux jeunes chercheurs. Une conférence consacrée à la construction d’une carrière scientifique au Burkina Faso et en Afrique leur a permis de bénéficier des conseils et de l’expérience d’un chercheur senior. Trois distinctions ont, en outre, récompensé les meilleures communications scientifiques présentées au cours du symposium, une manière d’encourager l’excellence et de préparer la relève.
Au-delà des acquis, le Directeur technique du CNRFP estime que le paludisme demeure un défi majeur de santé publique et appelle à poursuivre les investissements dans la recherche, l’innovation et le renforcement des capacités nationales. Il plaide également pour une prise en compte des recommandations issues du symposium dans les politiques de santé.
« L’élimination du paludisme est un objectif ambitieux, mais réalisable. Elle exige la mobilisation de tous : chercheurs, autorités sanitaires, partenaires, professionnels de santé, communautés et citoyens », soutient-il.
Pour le médecin épidémiologiste, l’avenir de la lutte contre le paludisme repose sur des partenariats renforcés entre les pouvoirs publics, les institutions de recherche, les universités, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers. Une dynamique qui pourrait permettre d’accélérer les progrès vers un objectif commun : faire du paludisme une maladie du passé au Burkina Faso et en Afrique.
Madina Belemviré

