Hémorragie du post-partum : quand la parole devient une urgence de santé publique
Au Burkina Faso, la mort maternelle ne survient pas toujours dans le bruit. Elle arrive parfois après l’accouchement, quand tout semble terminé, quand l’entourage respire enfin. Quelques minutes suffisent. Un saignement abondant, une prise en charge retardée, un médicament inefficace, et la joie laisse place au drame. L’hémorragie du post-partum reste aujourd’hui l’une des menaces les plus redoutables pour la vie des mères, malgré les avancées enregistrées ces dernières années en matière de santé maternelle.

Face à cette réalité persistante, la Société des Gynécologues et Obstétriciens du Burkina, conduite par le Pr Charlemagne Ouédraogo, a choisi de sortir des cercles habituels. À l’initiative de son président, l’organisation a réuni journalistes et influenceurs autour d’un atelier de plaidoyer consacré à l’hémorragie du post-partum. Une démarche assumée, qui repose sur une conviction forte. La réduction durable de la mortalité maternelle ne peut pas être portée uniquement par les soignants.

Depuis plusieurs années, le Burkina Faso a multiplié les engagements politiques en faveur de la santé de la mère et de l’enfant. Gratuité des soins, renforcement des dispositifs de surveillance des décès maternels, amélioration de la riposte sanitaire, les bases sont posées. Mais le contexte sécuritaire vient menacer ces acquis, comme l’a rappelé le Pr Charlemagne Ouédraogo lors des échanges avec les participants.
C’est précisément là que le rôle des médias prend tout son sens. Informer sur l’hémorragie du post-partum ne se limite pas à rapporter des chiffres ou à relayer des communiqués. Il s’agit de comprendre les mécanismes médicaux, d’expliquer les causes, de mettre en lumière les solutions existantes et surtout de rappeler que ces décès ne sont pas une fatalité, insiste le président de la SOGOB. Utérus fatigué par des grossesses répétées, déchirures lors de l’accouchement, complications liées à la délivrance, les causes sont connues. Les réponses aussi, à condition qu’elles soient disponibles, efficaces et adaptées aux réalités du terrain.
Lors de cet atelier, la SOGOB a insisté sur l’importance des innovations thérapeutiques, notamment l’introduction de la carbétocine thermostable, un médicament clé dans la prévention de l’hémorragie du post-partum. Selon le Pr Charlemagne Ouédraogo, sa capacité à rester efficace sans chaîne de froid en fait une option particulièrement adaptée aux zones à fort défi sécuritaire. Mais au-delà de l’aspect technique, le message central était clair. Sans mobilisation sociale et sans compréhension collective de l’urgence, même les solutions les plus efficaces peinent à produire leur plein impact.
En associant journalistes et influenceurs à son plaidoyer, la SOGOB fait le pari de l’intelligence collective, un choix défendu par son président. Celui d’une information rigoureuse, accessible, capable de toucher à la fois les communautés, les décideurs et l’opinion publique. Car chaque article publié, chaque reportage diffusé, chaque message partagé peut contribuer à accélérer les décisions, renforcer les financements et, in fine, sauver des vies.
L’hémorragie du post-partum est présente dans toutes les maternités du pays. Elle rappelle que la maternité reste un moment de vulnérabilité extrême pour de nombreuses femmes. Face à ce constat, une certitude s’impose, conclut le Pr Charlemagne Ouédraogo : parler de santé maternelle n’est pas un exercice de communication. C’est un acte de responsabilité.
Jude Somé

