Maladies tropicales négligées : des engagements tenus, des progrès visibles, mais un combat qui exige de ne pas relâcher
À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les Maladies tropicales négligées (MTN), célébrée chaque 30 janvier, le Réseau d’Accès aux Médicaments Essentiels (RAME) a tenu, le mardi 3 février 2026, une conférence de presse à Ouagadougou pour revenir sur les engagements du Burkina Faso, mesurer le chemin parcouru et rappeler, à travers la voix de sa chargée de programme Ida Sawadogo, que la lutte reste fragile si la mobilisation faiblit.

Malgré des engagements internationaux répétés et des avancées notables enregistrées ces dernières années, les maladies tropicales négligées continuent de toucher des milliers de personnes au Burkina Faso, en particulier au sein des populations les plus vulnérables. C’est ce paradoxe qu’est venu rappeler le Réseau d’Accès aux Médicaments Essentiels (RAME) lors de sa conférence de presse tenue le 3 février 2026, à l’occasion de la Journée mondiale dédiée à ces pathologies.
Face aux médias, Ida Sawadogo, chargée de programme au RAME, a rappelé que la lutte contre les MTN s’inscrit dans une série d’engagements internationaux pris par le Burkina Faso au cours des quinze dernières années. De l’appel à l’action d’Accra en 2008 à celui d’Addis-Abeba en 2024, en passant par la Déclaration de Londres de 2012, l’engagement d’Addis-Abeba de 2014 et la Déclaration de Kigali de 2022.

Selon elle, ces engagements ont progressivement structuré la réponse nationale, notamment à travers le Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées (PN-MTN), et expliquent les progrès enregistrés ces dernières années.
Parmi les 21 MTN répertoriées, certaines ne sont pas présentes au Burkina Faso, comme la maladie de Chagas, tandis que d’autres ont été définitivement éliminées, à l’image de la dracunculose, éradiquée depuis 2011. La lèpre, a-t-elle rappelé, n’est plus considérée comme un problème de santé publique depuis 1994. Ces avancées ne doivent cependant pas masquer la réalité persistante. Quatorze MTN demeurent endémiques dans le pays, notamment la dengue, la filariose lymphatique, l’onchocercose, la schistosomiase, le trachome, la leishmaniose, l’ulcère de Buruli, le pian, la gale, la rage, les envenimations par morsure de serpent, la trypanosomiase humaine africaine et le noma, affectant principalement les populations les plus vulnérables.
Au regard de cette situation, Ida Sawadogo a souligné l’importance des moyens consentis par l’État, avec l’inscription d’une ligne budgétaire annuelle d’environ 50 millions de FCFA dédiée à la lutte contre les MTN, tout en insistant sur la nécessité de maintenir l’effort dans la durée.
L’année 2025 illustre cette dynamique, avec 2 519 interventions chirurgicales d’hydrocèle réalisées, le renforcement des capacités des agents de santé, la conduite d’enquêtes d’impact post-traitement dans les zones endémiques et un état d’avancement jugé satisfaisant des dossiers d’élimination de la filariose lymphatique, du trachome et de l’onchocercose.
L’intégration des données relatives aux MTN dans la plateforme Endos.bf participe également, selon elle, à une meilleure coordination des actions. Toutefois, a-t-elle averti, ces progrès restent fragiles sans l’adhésion des communautés. « Il ne suffit pas de lancer des campagnes, il faut que les populations adhèrent », a-t-elle insisté. C’est dans cette logique que le RAME, avec l’appui de Speak Up Africa, accompagne le PN-MTN depuis 2022, notamment à travers la mobilisation de leaders communautaires dans plusieurs régions du pays, en amont des campagnes de traitement de masse contre la filariose lymphatique et l’onchocercose. Pour la chargée de programme, la lutte contre les MTN est un travail de fond. Les avancées sont réelles, mais le moindre relâchement pourrait compromettre des années d’efforts.
Madina Belemviré

