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Médecine légale : la Dre Bilguissa Rouamba Sawadogo aide la justice à établir la vérité

Dans une affaire judiciaire, certaines réponses ne viennent ni des témoignages ni des enquêtes de terrain. Elles peuvent apparaître lorsqu’un médecin examine un corps, observe une blessure ou analyse les circonstances d’un décès. C’est le rôle du médecin légiste, aider la justice à comprendre ce qui s’est réellement passé. La Dre Bilguissa Rouamba Sawadogo, médecin légiste au Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, exerce cette discipline exigeante située au croisement de la médecine et du droit.

Choisir la médecine légale n’est pas un parcours ordinaire. Cette discipline confronte chaque jour la violence, la mort et les drames humains. C’est pourtant la voie qu’a choisi d’emprunter la Dre Bilguissa Rouamba Sawadogo.

Celle qui a choisi de se consacrer à cette spécialité exigeante se décrit d’abord comme une épouse et une mère, très attachée à sa famille et à son entourage. Curieuse de nature, elle dit avoir toujours cherché à comprendre les mécanismes du monde. Cette curiosité l’oriente très tôt vers la médecine. Depuis l’école primaire, elle nourrit ce rêve de soigner et d’accompagner les personnes dans leurs moments de vulnérabilité.

Au fil de ses études, une discipline retient particulièrement son attention. Lors des cours de médecine légale dispensés par son maître, elle découvre un domaine qui ne se limite pas à l’examen médical. Un domaine dans lequel la médecine contribue à établir la vérité et à éclairer la justice. Il consiste à analyser les traces laissées par la violence, les accidents ou certaines circonstances de décès afin d’apporter un éclairage scientifique aux enquêtes judiciaires. Cette dimension la marque profondément. Après sa soutenance, elle fait son choix sans hésiter et décide de se spécialiser en médecine légale.

Lorsqu’elle annonce cette décision autour d’elle, les réactions sont contrastées. Certains expriment leur incompréhension face à une discipline souvent associée à la mort et aux affaires judiciaires. D’autres manifestent une certaine fascination pour cet univers encore peu connu.

Contrairement aux idées reçues, la médecine légale ne se résume pas aux autopsies selon la spécialiste. Plus de 75 % des activités concernent des victimes vivantes, notamment des cas de coups et blessures, d’agressions ou de violences sexuelles. Les autopsies, qui relèvent de la thanatologie, représentent moins de 25 % du travail. Dans ces situations, le médecin légiste examine les lésions, rédige des certificats médicaux et apporte des éléments scientifiques qui peuvent orienter une enquête ou soutenir une procédure judiciaire.

Au service de médecine légale du CHU de Bogodogo, cette réalité se reflète dans son quotidien. Ses journées sont souvent rythmées par la réception des réquisitions judiciaires et l’accueil des victimes. Elle reçoit des personnes ayant subi des violences physiques ou sexuelles. Son rôle consiste alors à constater les lésions, rédiger des certificats médicaux et évaluer l’incapacité totale de travail (ITT personnel), un élément déterminant pour la suite de la procédure judiciaire.

Ce travail place le médecin légiste au contact direct de situations souvent difficiles. Les dossiers qu’elle examine racontent parfois des histoires humaines lourdes à porter, marquées par la violence ou la souffrance. Cette réalité s’est imposé à elle dès ses débuts. Elle se souvient de sa première autopsie, un moment de grande concentration mêlé d’appréhension. C’est à cet instant, explique-t-elle, que l’on prend pleinement la mesure de la responsabilité que représente ce travail.

Avec les années et l’expérience, la Dre Bilguissa Rouamba Sawadogo a appris à instaurer la distance professionnelle nécessaire pour préserver son équilibre tout en restant attentive aux personnes qu’elle reçoit. Certaines affaires continuent de la marquer plus que d’autres, notamment celles impliquant des victimes particulièrement vulnérables.

Dans ce parcours exigeant, l’équilibre personnel devient essentiel. Face à la charge émotionnelle que peut représenter ce métier, la spécialiste s’appuie sur un soutien précieux, celui de son époux et de sa famille. Leur présence et leur compréhension ont constitué un véritable pilier dans son parcours. Dans un métier où l’on est régulièrement confronté à des réalités humaines difficiles, c’est auprès d’eux et d’une équipe formidable et solidaire de médecins légistes qu’elle retrouve l’écoute et la force nécessaires pour continuer.

Comme dans toute carrière marquée par de fortes responsabilités, il lui arrive de traverser des moments de doute. Mais une conviction revient toujours la conforter dans son choix, le sentiment d’être utile. Elle dit éprouver une grande fierté lorsque son travail contribue à rétablir la vérité. Savoir que son expertise a pu innocenter une personne injustement accusée ou, au contraire, apporter des preuves déterminantes dans une affaire procure, explique-t-elle, un profond sentiment de devoir accompli envers la société. Sa fierté tient aussi à la rigueur scientifique que demande cette discipline, mais également à l’aide qu’elle peut apporter aux familles confrontées à la perte d’un proche.

Cette mission reste pourtant encore mal comprise. Au Burkina Faso, la médecine légale est une spécialité relativement jeune et peu connue du grand public. Beaucoup l’imaginent à travers les séries télévisées, alors qu’elle joue avant tout un rôle essentiel dans l’accompagnement des victimes et l’éclairage des procédures judiciaires.

Consciente de cette réalité, elle encourage les jeunes femmes à ne pas hésiter à s’engager dans des spécialités réputées difficiles. Selon elle, la sensibilité n’est pas une faiblesse. Elle peut au contraire devenir une force pour appréhender certaines situations humaines avec plus de justesse. Cette conviction donne un sens particulier au 8 mars à ses yeux. Pour elle, c’est l’occasion de mesurer le chemin parcouru par les femmes et celui qui reste à accomplir afin que chacune puisse choisir sa voie, même la plus singulière, sans avoir à se justifier.

Madina Belemviré

 

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