Premier bébé : bienvenue au comité des experts
Tu viens d’accoucher. Tu pensais avoir un bébé dans les bras. Tu découvres que tu as aussi hérité d’un comité d’experts chargé de surveiller chacune de tes décisions.

À peine sortie de la maternité, la jeune maman découvre une curieuse réalité. Son bébé vient à peine d’arriver que tout le monde a déjà une opinion sur la manière dont il doit être nourri, lavé, porté, couché, habillé et même bercé.
Après la naissance, la mère devient parfois le seul membre de la famille que tout le monde se croit autorisé à « éduquer ».
Et quand il s’agit d’un premier enfant, c’est encore plus intéressant. La primipare devient rapidement une élève à qui chacun veut donner son cours particulier de maternité.
Mais il y a une petite incohérence dans cette grande organisation familiale. La journée, les spécialistes sont nombreux. La nuit, beaucoup deviennent soudainement indisponibles.
À 2 heures du matin, quand le bébé pleure depuis vingt minutes, que la maman est épuisée et qu’elle ne sait plus s’il a faim, s’il a mal, s’il veut être porté ou s’il a simplement décidé que toute la maison devait être réveillée, il n’y a plus grand monde pour donner des conseils. La mère est seule avec son bébé.
Pas de spécialiste du diagnostic. Pas de spécialiste de l’allaitement. Pas de spécialiste du sommeil. Pas même parfois une personne pour dire : « Va dormir, je m’en occupe un moment. »
Et pourtant, le lendemain matin, les experts sont de retour.
Il y a d’abord les spécialistes du diagnostic.
Le bébé éternue ? « C’est sûrement ça. »
Il régurgite ? « Donne-lui tel produit. Mon enfant avait exactement la même chose. »
Il pleure beaucoup ? « Essaie ceci. »
Et si la mère ose dire qu’elle va demander l’avis d’un professionnel de santé, on lui répond presque : « Médecin ? Pour ça ? Moi, j’ai élevé trois enfants »
Le problème, c’est qu’un bébé n’est pas le bébé de la voisine. Ce qui a convenu à son enfant ne convient pas forcément au vôtre. Une mère épuisée n’a pas besoin de dix diagnostics improvisés. Elle a surtout besoin de savoir quand consulter et à qui faire confiance.
Ensuite arrivent les spécialistes de l’accusation.
Et eux ont toujours une question.
« Pourquoi tu donnes du lait artificiel ? » « Il faut allaiter. » « Tu ne veux pas que tes seins tombent, c’est ça ? » Ah, les seins de la jeune maman… Ils deviennent soudainement une affaire publique. Tout le monde a son mot à dire sur leur avenir.
Pourtant, il faut aussi se dire la vérité. Toutes les femmes ne vivent pas l’allaitement de la même manière. Certaines allaitent sans difficulté. D’autres rencontrent des problèmes de lactation. Certaines ne peuvent pas allaiter. D’autres font un choix différent.
L’allaitement mérite d’être encouragé et accompagné. Mais encourager n’est pas culpabiliser. Une mère qui donne un biberon n’a pas besoin qu’on lui fasse passer un examen de moralité.
Puis viennent les spécialistes de la comparaison.
« Moi, mon enfant dormait déjà toute la nuit. » « Moi, je le lavais comme ça. » « Moi, je n’avais jamais eu ce problème. » « Moi, à ton âge, j’avais déjà repris toutes mes activités. » Très bien. Félicitations à vous et à votre bébé.
Mais votre expérience n’est pas forcément le mode d’emploi universel de la maternité.
Et il reste enfin une quatrième catégorie, les spécialistes de la culpabilité.
Ceux qui trouvent toujours quelque chose à reprocher à la mère. Si elle travaille, elle ne s’occupe pas assez de son bébé. Si elle reste à la maison, elle devient trop dépendante. Si elle donne le sein, elle doit faire attention à tout. Si elle donne le lait artificiel, elle ne fait pas assez d’efforts.
Si elle laisse le bébé dormir, elle le laisse trop longtemps. Si elle le prend dans ses bras, elle va « l’habituer ». Bref, quoi qu’elle fasse, quelqu’un a une correction à lui apporter.
Pourtant, face à cette avalanche de conseils, il y a parfois une femme qui vient de traverser une grossesse et un accouchement. Elle dort peu, récupère physiquement, découvre son bébé et doute parfois de tout. Chez les primipares, les premières semaines peuvent être particulièrement éprouvantes.
Alors, avant de demander à une jeune mère pourquoi elle ne fait pas « comme il faut », il faudrait peut-être commencer par lui demander : « Comment vas-tu, toi ? »
Madina Belemviré

