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Femme nerveuse cherche explication : la coagulation selon le quartier

Elle claque la porte si fort que même le lézard sur le mur a sursauté. Le genre de claquement qui fait sortir les voisines en mode “humm, y’a palabre là-bas”. Dans le quartier, le diagnostic tombe plus vite qu’un test de grossesse : “C’est la coagulation, son mari ne l’a pas bien géré la nuit.” Et pour les célibataires, c’est encore pire : “Même wano elle n’a pas eu, il ne faut pas t’étonner si elle aboie.” Ah, le diagnostic du quartier, gratuit, sans ordonnance et toujours à côté de la plaque. Ici, tout le monde est médecin, sauf ceux qui ont fait médecine. Mais est-ce que vraiment, l’absence de sexe rend nerveuse ? Le Dr Boubacar Bagué, psychiatre, et le Pr Charlemagne Ouédraogo, gynécologue obstétricien, nous aident à remettre un peu d’ordre dans cette histoire. 

Les gens adorent coller des étiquettes. Si tu souris trop, c’est que tu es amoureuse. Si tu fais la tête, ton mari voyage trop. Et si tu parles un peu fort, on te classe directe dans la catégorie “aigrie non touchée depuis 2023”. Comme si les gens dormaient dans ton lit, mangeaient ton riz et comptaient tes câlins.

Dans certains quartiers, une femme sans rapports sexuels est vue comme une cocotte-minute prête à exploser. On te lance des avertissements du genre “tu vas tomber malade hein, si tu ne fais pas” ou “faut pas laisser les toiles d’araignée s’installer en bas là”. Et les fameux sapeurs-pompiers de quartier ne sont jamais loin. “Moi je peux t’aider à te décoaguler un peu, juste pour dépanner.” Ah, la solidarité masculine, toujours disponible quand il faut “sauver une vie”, surtout quand la mission est nocturne.

Mais avant de crier à la coagulation, il faut respirer un bon coup. Selon le Dr Boubacar Bagué, médecin psychiatre, les émotions des femmes changent naturellement pendant le cycle menstruel. “Il y a des moments du mois où la femme est plus joyeuse, plus calme, plus ouverte, et d’autres où tout l’énerve. Ce n’est pas une malédiction, c’est juste les hormones qui travaillent.”

Dr Boubacar Bagué, médecin psychiatre

En gros, dans les deux semaines après les règles, le corps est en vacances. L’œstrogène, l’hormone de la bonne humeur, est au top. Mais à l’approche des règles, les hormones descendent comme le moral à la fin du mois. Le corps gonfle un peu, les émotions aussi. Un mot de travers et paf, la guerre froide. Et c’est là que la rumeur commence. “Elle est tendue, c’est la coagulation.”

Mais la nature n’est pas si injuste. Elle a tout prévu, des moments où tout s’embrouille, et d’autres où tout se relâche. Le corps féminin sait retrouver son équilibre, parfois grâce à un bon fou rire, parfois grâce à un câlin bien placé. Le Dr Bagué explique justement que la sexualité peut jouer ce rôle d’apaisement naturel.

Pendant les rapports, le corps libère des hormones du bonheur que sont la dopamine, sérotonine, endorphines… En clair, ces hormones fonctionnent un peu comme un médicament contre la mauvaise humeur. Elles relaxent, rendent plus légères, plus sereines. Mais attention, ce n’est pas le rapport en lui-même qui fait du bien, c’est le climat dans lequel il est vécu. “Les rapports sexuels ne sont pas qu’un acte mécanique. C’est aussi une affaire d’amour, d’attention et de regard positif.”

Parce que oui, même sans rapport, une femme aimée, valorisée, soutenue, peut se sentir aussi bien. Et à l’inverse, une femme qui se sent délaissée ou non désirée peut être tendue, même si elle a un homme dans son lit.

Le Pr Charlemagne Ouédraogo confirme. “L’absence de rapports sexuels n’entraîne pas de maladie. L’abstinence est un choix possible et sain. Mais la sexualité, quand elle est vécue dans le respect et le plaisir, contribue au bien-être et à l’équilibre.

Pr Charlemagne Ouédraogo, gynécologue obstétricien

Au fond, tout ça montre une chose. La tête, le cœur et les hormones travaillent souvent en équipe. Et quand l’un s’emballe, les deux autres suivent. Bref, tu peux être sans wano et rayonner comme un lever de soleil, ou avoir un homme et être plus tendue qu’un fil électrique pendant la saison chaude. Tout dépend de ton climat intérieur.

Alors non, une femme sans mari n’est pas un danger public. Et non, les célibataires n’ont pas de toiles d’araignée en bas, sauf peut-être sur leurs ventilateurs. Tout comme une mariée qu’on accuse de n’avoir pas eu sa dose nocturne, elles sont toutes victimes des mêmes préjugés. Au final, mariée ou pas, ce n’est pas la dose du soir qui fait la paix du cœur, mais le calme des hormones et le repos de l’esprit. Parce que si le wano suffisait à rendre zen, certaines seraient déjà des moines bouddhistes.

Madina Belemviré

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