Journées de dépistage rénal : le CHU de Tengandogo au chevet des détenus de la MACO
Ouagadougou- Dans le prolongement de la Journée mondiale du rein, le service de Néphrologie-Dialyse du Centre hospitalier universitaire de Tengandogo (CHU-T), en collaboration avec la Société burkinabè de Néphrologie (SOBUNEPH) et l’Association burkinabè des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR), organise, du 15 au 19 décembre, des journées de sensibilisation et de dépistage des maladies rénales au profit des détenus de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO).

Cette initiative s’inscrit dans le thème de la Journée mondiale du rein 2025, « Vos reins vont-ils bien ? La détection précoce protège la santé des reins », qui met l’accent sur l’importance de la prévention et du dépistage précoce des maladies rénales. À l’échelle mondiale, la maladie rénale chronique constitue un problème majeur de santé publique et touche près de 800 millions de personnes. Au Burkina Faso, l’hypertension artérielle et le diabète figurent parmi les principales causes de cette pathologie.
En milieu carcéral, ces risques sont souvent accentués par les conditions de vie, l’inactivité physique, le tabagisme et la consommation de substances psychoactives, mais aussi par un accès plus limité aux soins. C’est dans ce contexte que s’inscrit cette action, visant à rapprocher les services de santé spécialisés d’une population particulièrement vulnérable.
L’opération a pour objectif de sensibiliser les détenus aux comportements favorables à la santé des reins, notamment une bonne hydratation, la réduction de la consommation de sel, la pratique régulière d’une activité physique ainsi que l’arrêt du tabac et des stupéfiants. Elle prévoit également le dépistage d’au moins 800 détenus à travers des tests urinaires, des contrôles de la glycémie capillaire, la prise de la tension artérielle ainsi que la mesure du poids et de la taille.
La prise en charge médicale est assurée sur place, avec un accompagnement spécialisé et une orientation vers les néphrologues du CHU de Tengandogo pour les cas nécessitant un suivi approfondi. Dans un pays où l’accès aux traitements de suppléance rénale demeure limité en raison de leur coût, la prévention et le dépistage précoce apparaissent comme des leviers essentiels pour réduire les formes graves de la maladie.
Présent lors du lancement de l’activité, Vincent Konombo, inspecteur principal de sécurité pénitentiaire et Directeur de la MACO, a souligné que la préservation de la santé des détenus constitue un pilier essentiel de la gestion carcérale. « La santé de la population carcérale est une priorité. Ces activités, qui vont au-delà de la simple sensibilisation pour inclure le dépistage des maladies rénales, sont essentielles », a-t-il déclaré, estimant que des détenus en bonne santé sont mieux préparés à leur réinsertion sociale et à leur contribution au développement du pays.

Dans la même dynamique, Yogo Geoffroy, chargé de mission du ministre de la Justice, a salué une initiative en faveur d’une population exposée à de nombreux risques sanitaires. « Les personnes privées de liberté vivent dans des conditions qui les exposent davantage aux maladies. Lorsqu’une société savante comme la Société burkinabè de Néphrologie initie des actions de sensibilisation, de dépistage et d’accompagnement au profit des détenus, cela mérite d’être encouragé et soutenu », a-t-il affirmé. Il a rappelé que cette démarche s’inscrit dans une réforme du système pénitentiaire fondée sur une approche humaine et responsable, plaçant le détenu au cœur de l’action pénitentiaire.

Pour le Dr François Kissou, médecin néphrologue au CHU de Tengandogo, la détection précoce demeure un enjeu majeur. « La maladie rénale, lorsqu’elle atteint un stade avancé, devient difficile à traiter et présente un pronostic plus sombre. Le dépistage précoce permet une meilleure prise en charge et améliore l’état de santé des patients », a-t-il expliqué.

Il a également insisté sur la nécessité d’une mobilisation des populations concernées et du soutien des autorités sanitaires et judiciaires afin d’assurer un suivi efficace des cas détectés.

Cette campagne illustre ainsi l’importance d’un système de santé inclusif et équitable, garantissant aux détenus, malgré leur isolement, les mêmes standards de prévention et de soins que l’ensemble de la population.
Haïdara Ouédraogo

