Quand les reins boudent, le sexe suit
Quand les reins ne font plus leur travail, le corps entier encaisse. Et chez de nombreux hommes, la vie intime est directement touchée. Le désir baisse, l’érection tient moins, la fatigue s’installe

On n’y pense pas toujours, mais les reins participent à l’équilibre global du corps. Lorsqu’ils fonctionnent mal, les effets se font sentir bien au-delà des résultats d’analyses. Tout l’organisme est concerné, y compris la sexualité. Chez les hommes atteints d’insuffisance rénale chronique, il est fréquemment rapporté que les érections deviennent moins fiables et que le désir s’atténue, un phénomène décrit dans plusieurs études cliniques sur la qualité de vie des patients rénaux (Clinical Journal of the American Society of Nephrology, Vecchio et al., 2010.
Les données scientifiques montrent que la dysfonction érectile est particulièrement fréquente chez les hommes souffrant d’insuffisance rénale chronique. Selon une étude publiée dans Kidney International, plus de 70 % des patients présentent des troubles de l’érection, avec des taux encore plus élevés chez ceux sous hémodialyse, une technique qui remplace partiellement le travail des reins en filtrant le sang à l’aide d’une machine (Rosas et al., 2001.
Lorsque les reins filtrent mal, les toxines s’accumulent dans l’organisme. Cette accumulation s’accompagne d’une fatigue chronique et d’un état général altéré, des facteurs reconnus comme défavorables à une vie sexuelle satisfaisante. À cela s’ajoutent des perturbations hormonales. Des travaux scientifiques montrent que chez de nombreux hommes atteints d’insuffisance rénale chronique, les hormones sexuelles, notamment la testostérone, sont souvent perturbées, ce qui est associé à une baisse de la libido et à des troubles de l’érection (revue scientifique Frontiers in Medicine, Carrero et al., 2017).
La dimension vasculaire joue également un rôle important. L’érection dépend d’un afflux sanguin adéquat vers le pénis. Or l’insuffisance rénale est fréquemment associée à des maladies cardiovasculaires, au diabète et à l’hypertension artérielle, qui altèrent la qualité des vaisseaux sanguins. Cette association de facteurs explique pourquoi les troubles sexuels sont rarement liés à une cause unique mais résultent d’un ensemble de mécanismes imbriqués, comme le souligne une revue publiée dans Nephrology Dialysis Transplantation (Fusaro et al., 2009.
Les traitements entrent également dans l’équation. La dialyse, certains médicaments et les contraintes d’une prise en charge au long cours peuvent influencer la libido ou accentuer les troubles existants. Des travaux ont montré que les troubles de l’érection peuvent persister malgré plusieurs années de dialyse, confirmant qu’il ne s’agit pas uniquement d’un problème de filtration sanguine, mais d’un trouble global intégrant aussi des dimensions psychologiques et relationnelles, comme le décrivent plusieurs revues de néphrologie.
Il est par ailleurs rapporté que, chez certains patients, une amélioration de la fonction sexuelle peut être observée après une greffe rénale. Cette amélioration serait liée à la correction de certains déséquilibres biologiques et hormonaux, sans pour autant être systématique ni garantie pour tous les patients (Zhang et al., International Urology and Nephrology, 2014.
Ces données rappellent que les troubles sexuels font partie intégrante de l’insuffisance rénale chronique. Ils évoluent avec la maladie et influencent la qualité de vie. La sexualité ne disparaît pas lorsque les reins sont atteints, mais elle se transforme. En tenir compte permet une compréhension plus complète du vécu des patients.
Madina Belemviré

