Ramadan et santé quand le jeûne s’adapte au corps
Chaque année, le mois de Ramadan transforme le rythme de vie, les habitudes alimentaires et le sommeil, et pour beaucoup de personnes vivant avec une maladie, une même question revient, le jeûne est-il compatible avec mon état de santé?

Le jeûne du Ramadan est bien toléré chez la majorité des adultes en bonne santé et peut même s’accompagner d’effets positifs comme une meilleure régulation du sucre dans le sang, une légère baisse de la tension artérielle ou une sensation de bien-être liée à une discipline alimentaire plus marquée, comme l’ont montré plusieurs revues systématiques sur les effets métaboliques du jeûne (Jahrami et al., 2021 ; Faris et al., 2020). Mais cette réalité change selon les personnes et selon les maladies.
Chez les personnes diabétiques, par exemple, s’abstenir de manger et de boire pendant de longues heures peut exposer à des malaises, des chutes ou des hausses importantes du taux de sucre, surtout si le traitement continue au même rythme sans adaptation, un risque bien documenté dans plusieurs études menées chez des patients diabétiques qui jeûnent (Abdelrahim et al., 2021 ; Saadane et al., 2021). Beaucoup arrivent pourtant à jeûner sans incident lorsqu’un professionnel de santé ajuste les horaires et les doses des médicaments et accompagne sur l’alimentation, avec des travaux montrant même chez certains patients bien suivis une amélioration de l’équilibre glycémique et du poids pendant le Ramadan (Gad et al., 2022 ; Alsulami et al., 2023).
Les personnes hypertendues ou vivant avec certaines maladies du cœur supportent souvent bien le jeûne quand leur maladie est stable et suivie, certaines recherches évoquant une baisse modérée de la pression artérielle et une amélioration du profil lipidique au cours du mois (Faris et al., 2020 ; Motiwala et al., 2025). En revanche, quand la maladie est mal équilibrée, avec fatigue intense, vertiges fréquents ou traitements complexes, le jeûne peut fatiguer davantage l’organisme et augmenter les risques, ce que rappellent plusieurs recommandations basées sur l’observation clinique de patients chroniques pendant cette période (Tourkmani et al., 2021).
Les personnes ayant des problèmes rénaux, les femmes enceintes ou celles qui allaitent doivent aussi être particulièrement prudentes car le manque d’hydratation et les longues heures sans apport peuvent peser sur l’équilibre du corps, un point régulièrement souligné dans les études portant sur les populations à risque.
Au fond, le jeûne n’a pas le même visage pour tout le monde. Il peut être vécu sans difficulté par certains et demander des ajustements pour d’autres. La clé reste souvent la préparation quelques semaines avant le début du mois, une discussion simple avec le médecin pour adapter les traitements, organiser les repas et repérer les signes d’alerte qui doivent faire rompre le jeûne sans culpabilité. La santé reste une priorité reconnue dans la tradition elle-même et prendre soin de son corps fait aussi partie de la démarche.
Madina Belemviré

