⚠️ Pour une expérience optimale et sécurisée, veuillez activer JavaScript.

rojet APS : quatre ans de plaidoyer pour faire évoluer les politiques de santé

Après quatre années de plaidoyer, qu’ont réellement changé les associations de professionnels de santé au Burkina Faso, en République démocratique du Congo et au Sénégal ? C’est à cette question que les participants à l’atelier régional de revue finale du projet « Associations de Professionnels de la Santé » (APS) ont répondu les 28 et 29 juillet 2026 à Koubri. Au fil des échanges, des témoignages et des résultats présentés, un constat s’est imposé : lorsque les soignants portent eux-mêmes les préoccupations du terrain auprès des décideurs, certaines lignes peuvent bouger.

Pendant deux jours, médecins, infirmiers, sage-femmes, nutritionnistes, responsables d’associations professionnelles et partenaires techniques ont passé en revue quatre années d’un projet mis en œuvre par ENDA Santé avec l’appui de la Fondation Gates. Lancée en novembre 2022, cette initiative avait une ambition d’aider les associations de professionnels de santé à faire entendre leur voix dans les décisions qui touchent directement les populations.

Pourquoi miser sur ces organisations ? Pour Aliou Diallo, chargé de programme à ENDA Santé, le choix était évident. Les professionnels de santé sont au contact quotidien des patients tout en collaborant avec les autorités sanitaires. Cette double proximité leur permet d’identifier les difficultés rencontrées sur le terrain et de porter des propositions d’amélioration. Le projet leur a ainsi apporté un accompagnement pour structurer leurs démarches de plaidoyer, dialoguer avec les décideurs et défendre des priorités de santé publique.

Aliou Diallo, chargé de programme à ENDA Santé

Quatre ans plus tard, plusieurs de ces plaidoyers ont produit des résultats concrets. Chaque association a travaillé sur des enjeux propres à son contexte national, avec un même l’objectif de faire évoluer les politiques ou les pratiques en faveur d’une meilleure prise en charge des populations.

Au Burkina Faso, l’un des résultats les plus marquants concerne la lutte contre les hémorragies du post-partum. La Société des gynécologues et obstétriciens du Burkina (SOGOB) a consacré son plaidoyer à l’introduction de la carbétocine thermostable, un médicament utilisé pour prévenir ces hémorragies, qui demeurent une cause importante de décès maternels. « Notre plaidoyer a été entendu par les plus hautes autorités. Aujourd’hui, nous pouvons dire que la carbétocine est en route pour le Burkina », se réjouit le Pr Charlemagne Ouédraogo, président de la SOGOB, précisant que le produit devrait être disponible dans les formations sanitaires d’ici quelques mois.

L’Association nationale des infirmiers et infirmières du Burkina Faso (ANII-BF) met également en avant des avancées obtenues grâce au projet. Son président, Abdoulaye Bouena, explique que deux actions de plaidoyer conduites par l’association ont abouti à des changements de politique au sein du ministère de la Santé, tout en renforçant la visibilité de l’organisation.

En République démocratique du Congo, les résultats présentés montrent également l’impact d’une mobilisation collective. La Société congolaise de la pratique des sage-femmes (SCOSAF) a réalisé un état des lieux qui a révélé qu’environ 21 % des structures visitées ne disposaient pas de sage-femmes. Ce constat a nourri un plaidoyer auprès des autorités. Selon sa présidente, Annie TCHIAMBALA KABAMBI, le ministre de la Santé s’est engagé à renforcer leur déploiement dans les maternités.

Toujours en RDC, l’Ordre national des infirmiers du Congo (ONIC) souligne que le projet a permis de consolider sa collaboration avec le Programme élargi de vaccination (PEV), tandis que l’Association des nutritionnistes et diététiciens du Congo (ANUDICO) poursuit son plaidoyer en faveur de l’introduction des suppléments multi-micronutriments (MMS), avec l’appui de partenaires tels que la Banque mondiale et l’UNICEF.

Au Sénégal, l’Association des femmes médecins (AFEMS) estime que le projet a renforcé sa présence sur le terrain. Les campagnes de sensibilisation menées autour de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) ont contribué à mieux faire connaître l’importance de protéger les jeunes filles contre le cancer du col de l’utérus. L’association s’est également investie dans le plaidoyer pour une meilleure mobilisation des ressources destinées à limiter les dépenses de santé supportées par les ménages.

Pour le Directeur exécutif d’ENDA Santé, le Dr Papa Djibril Ndoye, les changements observés ne se limitent pas aux résultats obtenus dans chaque pays. Le projet a aussi permis aux associations de mieux comprendre les mécanismes du plaidoyer, d’analyser les politiques de santé, de définir leurs priorités et de conduire leurs propres plans d’action. « Aujourd’hui, elles sont davantage en mesure d’exécuter des programmes de santé et de dialoguer avec les autorités », résume-t-il.

Si les responsables d’ENDA Santé se disent satisfaits des résultats obtenus, ils reconnaissent également les défis rencontrés au cours de la mise en œuvre, notamment la disponibilité des membres des associations, qui exercent parallèlement leurs fonctions au sein des services de santé. Malgré ces contraintes, le projet est parvenu à atteindre les objectifs fixés, selon ses responsables.

L’expérience ne devrait d’ailleurs pas s’arrêter avec la clôture du projet prévue en octobre 2026. Un travail de capitalisation sera conduit avec l’Université Johns Hopkins afin d’analyser les résultats obtenus et d’en mesurer l’impact. Ces enseignements serviront de base aux discussions avec les partenaires techniques et financiers sur les perspectives de cette initiative.

À Koubri, les échanges ont surtout rappelé qu’au-delà des soins qu’ils prodiguent chaque jour, les professionnels de santé peuvent aussi contribuer à faire évoluer les politiques publiques lorsqu’ils parlent d’une même voix. C’est sans doute l’un des principaux enseignements de ces quatre années de plaidoyer.

Madina Belemviré

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

11 + seize =