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Hépatites virales : près d’un Burkinabè sur dix vit avec le virus de l’hépatite B

Elles s’installent sans bruit, parfois pendant des années. Puis un jour, le diagnostic tombe, souvent lorsque le foie est déjà gravement atteint. Les hépatites virales continuent de toucher des milliers de Burkinabè qui ignorent être porteurs du virus. À quelques jours de la Journée mondiale de lutte contre les hépatites, le ministère de la Santé appelle à briser les barrières qui freinent encore le dépistage, la vaccination et l’accès aux soins.

On peut être infecté par une hépatite virale sans le savoir. Ne ressentir aucune douleur, mener une vie tout à fait normale, alors que la maladie progresse discrètement. C’est précisément ce caractère silencieux qui en fait l’un des principaux défis de santé publique au Burkina Faso.

Les données présentées par le ministère de la Santé sont préoccupantes. Selon les estimations nationales, 9,1 % de la population vit avec l’hépatite B, tandis que 3,6 % est concernée par l’hépatite C. Chez les femmes enceintes âgées de 15 à 45 ans, une enquête de séro-surveillance réalisée en 2025 a retrouvé une prévalence de 5,92 % pour l’hépatite B et de 2,49 % pour l’hépatite C.

Ces chiffres ont été dévoilés mercredi 22 juillet, à Ouagadougou, lors d’une conférence de presse organisée en prélude à la Journée mondiale de lutte contre les hépatites, célébrée chaque 28 juillet.

Pour le coordonnateur du Programme sectoriel Santé de lutte contre le Sida, les IST et les Hépatites virales (PSSLS-IST/HV), le Dr Natyon Dieudonné Soma, le danger réside dans l’évolution silencieuse de ces infections. Nombreux sont les patients qui découvrent leur statut à un stade avancé, lorsque des complications comme la cirrhose ou le cancer du foie sont déjà installées. Pourtant, rappelle-t-il, cette évolution peut être évitée grâce à un dépistage précoce, à la vaccination contre l’hépatite B et à une prise en charge adaptée.

Dr Natyon Dieudonné Soma, Coordonnateur du Programme sectoriel Santé de lutte contre le Sida, les IST et les Hépatites virales (PSSLS-IST/HV)

Au niveau mondial, la situation reste tout aussi préoccupante. En 2024, 287 millions de personnes vivaient avec une hépatite B ou C chronique, tandis que 1,3 million de décès étaient encore attribués à ces infections. Malgré l’existence de vaccins, de tests fiables et de traitements efficaces, des millions de personnes restent non diagnostiquées ou n’ont pas accès aux soins.

Cette année, la Journée mondiale est placée sous le thème « Hépatite : faisons tomber les barrières ! », avec pour slogan « Hépatite : parlons-en ! ». Pour les autorités sanitaires, ces barrières sont multiples : manque d’information, peur du dépistage, difficultés d’accès aux services de santé, stigmatisation ou encore coût des soins. L’objectif est de rappeler que les hépatites ne constituent pas seulement un problème médical, mais aussi un enjeu social et économique.

Dans le cadre de cette commémoration, plusieurs activités sont prévues à travers le pays. Elles porteront notamment sur la sensibilisation aux modes de transmission, la promotion de la vaccination, particulièrement chez les nouveau-nés et les personnes les plus exposées, ainsi que l’organisation de campagnes de dépistage dans plusieurs centres de santé. Les autorités souhaitent également renforcer la mobilisation des partenaires afin d’améliorer durablement l’accès aux traitements.

Le Burkina Faso s’inscrit dans la stratégie mondiale de l’Organisation mondiale de la Santé qui vise à éliminer les hépatites virales comme menace de santé publique d’ici 2030. Cette ambition passe notamment par une réduction de 90 % des nouvelles infections dues aux virus des hépatites B et C et de 65 % de la mortalité liée à leurs complications. Mais ces objectifs resteront difficiles à atteindre tant que le dépistage ne deviendra pas un réflexe et que les personnes infectées continueront d’être diagnostiquées trop tard.

Madina Belemviré

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