Vaccin contre l’hépatite: la meilleure protection du foie
L’hépatite est une maladie qui attaque le foie sans prévenir. On peut la contracter à tout âge et souvent sans symptômes. Pourtant, il existe un moyen simple de s’en protéger : le vaccin. Le Pr Damien Ouattara, gastro-entérologue, explique pourquoi il est indispensable.

« Mieux vaut prévenir que guérir », rappelle le Dr Zanga D. Ouattara. L’hépatite est une inflammation du foie. Lorsqu’elle est due à un virus, la vaccination offre une barrière efficace et peu coûteuse. Le danger vient du fait que la maladie avance sans bruit. On peut la contracter à tout âge, ne rien sentir au début, et découvrir des années plus tard des complications comme la cirrhose ou le cancer du foie. Ces deux complications causent environ un million de décès par an dans le monde, souligne le spécialiste.

Au Burkina Faso, la situation est préoccupante. D’après les travaux du Pr Méda, près d’une personne sur dix est porteuse de l’hépatite B. « Quand on sait que la transmission est fréquente et que le virus circule largement, il devient clair que la vaccination doit être une priorité », insiste le Dr Ouattara.
La vaccination concerne trois virus sur les cinq, l’hépatite A, l’hépatite B et l’hépatite E. Il n’existe pas encore de vaccin contre l’hépatite C. Quant au virus D, il ne peut se développer qu’en présence du B. « Autrement dit, en se vaccinant contre l’hépatite B, on se protège aussi du D », explique le spécialiste. C’est pour cela que la priorité absolue, au Burkina Faso comme ailleurs, reste l’hépatite B.
Idéalement, la vaccination se fait dès la naissance. Mais pour ceux qui n’ont pas été vaccinés à ce moment, il n’est pas tard. Le Dr Ouattara conseille de vérifier d’abord leur statut, puis de se faire vacciner s’ils sont éligibles au vaccin. Trois doses suffisent pour être protégé contre l’hépatite B, et cette protection dure toute la vie. Contrairement aux rumeurs, il n’y a pas besoin de rappel après dix ans.
Certains s’inquiètent encore des effets secondaires. Là aussi, le spécialiste se veut clair. Ils sont mineurs et passagers. Douleur au point d’injection, petite fatigue, rien de grave. « Il ne faut pas que ces détails découragent, car le bénéfice du vaccin est immense », insiste-t-il.
Au Burkina Faso, la vaccination des enfants a déjà beaucoup progressé. Depuis 2006, elle est intégrée au Programme élargi de vaccination et elle est gratuite dans les centres de santé publics. Les chiffres montrent que, depuis cinq ans, la couverture reste très élevée, entre 90 et 96 %. Le Dr Ouattara se réjouit de cette avancée et nourrit un espoir: « Cette génération d’enfants, qui a aujourd’hui 19 ans, est non seulement bien protégée, mais avec le temps et le renouvellement des générations, nous espérons voir changer le profil de la maladie dans notre pays. »
Cette perspective rejoint l’exemple de plusieurs pays asiatiques. La Chine et la Corée, qui avaient il y a quelques décennies les mêmes taux d’infection que nous, ont réussi à inverser la tendance grâce à une vaccination massive. Le Dr Ouattara estime que rien n’empêche le Burkina Faso d’emprunter la même voie. « Dépistons, vaccinons, protégeons notre foie. Ces gestes simples, répétés par chacun, finissent par sauver des vies », conclut-il.
Madina Belemviré

