Avortement clandestin : Les effets dévastateurs sur les reins et le foie

Au Burkina, l’interruption de la grossesse (ISG) est encadrée par des lois restrictives qui n’autorisent cette pratique que dans des cas bien spécifiques, tels que le viol, l’inceste, la grave malformation fœtale ou la menace pour la santé de la mère . Malgré ces lois, l’avortement clandestin demeure une réalité dans le pays, exposant les femmes à de graves risques pour leur santé. Entre décembre 2020 et mars 2021, une enquête a été menée pour évaluer la fréquence de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et ses conséquences sur la santé des femmes au Burkina Faso.

Les résultats de cette enquête révèlent que l’incidence annuelle de l’IVG en 2020 était estimée à 23 IVG pour 1000 femmes âgées de 15-49 ans, soit environ 113 000 IVG par an. Ces chiffres mettent en lumière l’ampleur du recours à l’avortement clandestin malgré la législation restrictive. Une étude antérieure de l’Institut supérieur en sciences de la population (ISSP) de l’Université de Ouagadougou avait déjà évalué à 105 000 le nombre d’avortements au Burkina Faso en 2012.

L’enquête révèle également des pratiques dangereuses, car parmi les femmes ayant recours à un avortement, 23% se font avorter elles-mêmes, exposant leur santé à des risques graves. L’insuffisance rénale, notamment, est l’une des complications les plus fréquentes selon le Dr Hassane Traoré, néphrologue au CHU Yalgado Ouedraogo.

Dr Hassane Traoré, médecin néphrologue

Cette pathologie peut résulter de l’utilisation de produits toxiques pour les reins, de pertes importantes provoquant des lésions rénales, ou de manœuvres dangereuses réalisées pendant l’avortement. L’insuffisance rénale peut entraîner des anomalies d’autres organes, avec un risque élevé de décès, même en cas de prise en charge médicale.

Les complications ne se limitent pas aux reins, car le Dr Romond Sia, hépatogastro-entérologue à l’hôpital Schiphra, signale également des complications hépatiques, notamment une hépatite aiguë médicamenteuse et une atteinte de la fonction hépatique due à la prise de médicaments hépatotoxiques.

Dr Romond Sia, hépato-gastro-entérologue

De plus, certaines femmes souffraient d’inflammations œsophagiennes ou gastriques, provoquées par l’ingestion de produits caustiques à des fins abortives. Ces inflammations se manifestent par des douleurs abdominales, des vomissements, ou des difficultés à la déglutition à long terme.

En outre, l’utilisation de produits caustiques par voie rectale, sous forme de lavages, peut entraîner des troubles au niveau anal et une inflammation du rectum, pouvant se compliquer par une anémie sévère et même la mort.

Face à la réalité persistante de l’avortement clandestin au Burkina Faso malgré les lois restrictives en vigueur, il est impératif de prendre des mesures concrètes pour protéger la santé et la vie des femmes. Les résultats de l’enquête soulignent l’urgence de sensibiliser la population sur les dangers liés à ces pratiques clandestines, en mettant particulièrement en lumière les risques d’insuffisance rénale qui peuvent avoir des conséquences dévastatrices. L’accès aux services de santé reproductive sécurisés et légaux, ainsi que l’éducation sur la contraception et la planification familiale, sont des éléments essentiels pour réduire le recours à l’avortement clandestin et prévenir les complications graves qui en découlent.

Madina Belemviré

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