V.iol sur les enfants : quand l’innocence est volée par ceux en qui nous avons confiance
Chaque chiffre raconte une histoire que l’on voudrait ne jamais entendre. Selon le ministère de l’Action humanitaire, en 2023, sur 175 cas de viol enregistrés au Burkina Faso, 109 concernaient des enfants âgés de 0 à 17 ans. En 2024, ce chiffre s’est encore alourdi, 116 enfants ont été victimes de violences sexuelles. Des bébés violés dès la naissance aux adolescents, aucun âge n’est épargné. Derrière ces statistiques froides se cachent des drames humains, des vies brisées et des familles traumatisées.

Ce qui fait le plus peur, ce n’est pas seulement la violence elle-même, mais la proximité des bourreaux. Trop souvent, ce sont des visages connus, des membres de la famille, des voisins, des amis de confiance qui deviennent des prédateurs. Les vacances chez des proches, censées être des moments de joie et de sécurité, peuvent se transformer en piège. L’enfant qui devrait se sentir protégé se retrouve vulnérable dans l’environnement où il est censé être aimé et protégé.
Comme l’explique Moussa Sawadogo, Directeur de la promotion du genre, « le danger ne vient pas toujours de l’inconnu. Les enfants sont souvent agressés dans des environnements où ils devraient se sentir en sécurité ».
Le Dr Sébastien Yougbaré, expert en psychopathologie clinique, appuie ces propos : « Les viols d’enfants s’inscrivent au milieu des gens qui connaissent cet enfant ou qui en prennent soin. Prendre soin de quelqu’un, c’est être capable de disponibilité, de bienséance, mais à long terme la relation peut être érotisée. L’enfant peut alors devenir victime de celui-là même qui est censé le protéger ». Des paroles qui montrent à quel point le danger est insidieux, il s’immisce dans les relations les plus banales, les plus quotidiennes, là où la confiance devrait être une garantie.
Et lorsque cette confiance est brisée, les conséquences sont lourdes. Le Dr Yougbaré souligne que ces agressions perturbent profondément le développement psychosexuel de l’enfant. Les blessures ne se voient pas toujours immédiatement, mais elles ressurgissent souvent bien plus tard avec une incapacité à faire confiance, une peur d’aimer, un rejet de sa propre sexualité, ou encore une culpabilité intériorisée. « Ces traumatismes sont comme des cicatrices invisibles que l’enfant porte en silence, parfois jusqu’à l’âge adulte », explique-t-il.
La Dre Rasmata Bakyono/Nabáloum renchérit en précisant que les conséquences se manifestent aussi par de l’anxiété, des troubles du comportement, de la dépression, et parfois des conduites à risque ou autodestructrices. « Le viol n’est pas qu’une agression physique, c’est une atteinte à l’intégrité même de l’enfant. Ses droits fondamentaux sont bafoués, et c’est toute sa vie, sa santé, son éducation, son équilibre social qui peut être bouleversée », affirme-t-elle.
C’est pourquoi la prévention reste importante. Le Pr Charlemagne Ouédraogo insiste sur la nécessité d’une vigilance constante. Eduquer les enfants, leur donner des repères pour reconnaître les situations dangereuses, et surtout ne pas les laisser seuls avec des personnes dont la bienveillance n’est pas assurée. « Derrière un visage familier peut se cacher un prédateur. La meilleure protection reste l’attention et l’éducation ».
Madina Belemviré
