Hygiène menstruelle à l’école : entre gêne, tabous et absences
Des heures de cours perdues pour se nettoyer pendant les règles. Des toilettes sans eau. La peur que les camarades remarquent une odeur. Pour certaines adolescentes, gérer leurs menstruations à l’école devient une préoccupation qui prend le dessus sur les apprentissages. Comment suivre un cours lorsqu’on ne se sent pas à l’aise et qu’on n’ose pas demander de l’aide ?

Millene, élève en classe de première, a déjà dû s’absenter plusieurs heures pour pouvoir se nettoyer. « J’étais très gênée parce que je me disais que tout le monde sentait ça sur moi », raconte-t-elle.
Cette gêne est aussi liée aux conditions sanitaires. Élisabeth, élève en classe de seconde, déplore le manque d’eau et la saleté des toilettes de son établissement. Les bouilloires disponibles ne sont pas toujours accessibles aux filles qui souhaitent se nettoyer, car elles servent également aux élèves qui restent l’après-midi pour leurs ablutions avant la prière. Avec la chaleur, la crainte des odeurs et du regard des autres devient encore plus difficile à supporter.
Pour Nadia, 16 ans, la difficulté se manifeste autrement. Depuis ses premières menstruations, à l’âge de 12 ans, elle souffre de douleurs qui l’empêchent parfois de suivre les enseignements. « Je suis juste couchée sur la table », confie-t-elle. Elle hésite aussi à demander régulièrement la permission de sortir, de peur que les responsables de son établissement pensent qu’elle exagère. Elle préfère parfois cacher sa souffrance plutôt que d’attirer l’attention de ses enseignants et de ses camarades.
Ces situations montrent que les obstacles ne sont pas uniquement liés aux protections menstruelles. Il faut aussi pouvoir se nettoyer dans de bonnes conditions, disposer d’un espace intime et parler de ses difficultés sans craindre les jugements.
Selon une étude réalisée par le ministère de l’Éducation nationale du Burkina avec l’appui de l’UNICEF, 80 % des filles présentes en classe rencontrent des difficultés à gérer leurs menstruations. De plus, 10 % manquent les cours pendant cette période.
Pour le Dr Euphrasie Adjami Barry, gynécologue obstétricienne et médecin de santé publique, la gestion de l’hygiène menstruelle repose sur trois éléments essentiels : des protections adaptées, des toilettes privées et sécurisées, ainsi que l’accès à l’eau et au savon. L’absence de l’un de ces éléments peut compliquer le quotidien des adolescentes à l’école.

Les conséquences sont également psychologiques. Selon la spécialiste, une tache sur un vêtement peut exposer une jeune fille aux moqueries et affecter sa confiance en elle. La peur d’être humiliée peut même la pousser à éviter l’école pendant ses règles.
Briser les tabous pour maintenir les filles en classe
Disposer de toilettes propres et d’eau est indispensable, mais cela ne suffit pas si les règles restent un sujet de honte. Le Dr Barry recommande également d’éduquer les garçons et les hommes sur la menstruation afin de briser les tabous, de réduire la stigmatisation et de favoriser la solidarité.
En milieu scolaire, cette sensibilisation concerne aussi les enseignants et les responsables d’établissements. Une élève qui demande à sortir pour se changer ou qui souffre en classe doit pouvoir être écoutée sans être accusée d’exagérer. Les établissements doivent veiller à la propreté des toilettes, à l’accès à l’eau et au savon, et prévoir des protections menstruelles en cas d’urgence.
Les douleurs évoquées par Nadia méritent également une attention particulière. Lorsqu’elles empêchent régulièrement une adolescente de mener ses activités habituelles, une consultation médicale est indiquée.
Des associations Burkinabè avec l’appui de l’ONG RAES oeuvrent à renforcer la capacité des jeunes et des adolescentes a avoir des information sur leurs santé notamment à mieux gerer leurs menstrues.
Dans tous les cas, les filles ne devraient pas avoir à manquer les cours faute de pouvoir se nettoyer, ni à cacher leurs règles par peur des moqueries. Leur permettre de gérer leurs menstruations dans de bonnes conditions et d’en parler sans gêne, c’est aussi leur donner les moyens de poursuivre leur scolarité avec confiance.
Madina Belemviré

