Cardiologie : Quand le stress étouffe le cœur
Le stress fait partie de la vie quotidienne. Il nous réveille, nous pousse à agir, nous aide parfois à dépasser nos limites. Mais quand il s’installe trop longtemps, il use le corps, fatigue le cœur et finit par abîmer les artères. Le Dr L. Prisca Thiombiano Kaboré, cardiologue, explique comment ce mécanisme peut devenir un véritable danger pour la santé cardiovasculaire.

Le stress est une réaction naturelle du corps face à une pression ou à une situation perçue comme menaçante. C’est une réponse d’adaptation qui permet à l’organisme de se préparer à affronter une difficulté, en fuyant, en luttant ou en s’ajustant. À court terme, il peut être utile. Mais lorsqu’il devient constant, il agit comme un poison lent. À force d’être sollicité, le corps s’épuise, et le cœur en paie le prix.
Le Dr Thiombiano Kaboré explique que sous l’effet du stress, le corps libère des hormones comme l’adrénaline et le cortisol. Ces substances accélèrent le rythme cardiaque et font grimper la tension artérielle. Les vaisseaux se contractent, le sang circule sous plus de pression, et les artères s’abîment peu à peu. À long terme, cette tension permanente favorise l’inflammation et l’accumulation de graisses sur les parois des artères, qu’on appelle plaques d’athérome. Ces dépôts rétrécissent les vaisseaux et augmentent le risque de maladies cardiovasculaires. Chez la femme, le stress peut même provoquer des spasmes des artères coronaires, entraînant des douleurs intenses similaires à celles d’un infarctus.
Pour la cardiologue, le stress est désormais reconnu comme un facteur de risque majeur, au même titre que le tabac ou l’hypertension. Lorsqu’il devient chronique, il agit sur plusieurs fronts à la fois. Il peut faire monter la tension, déséquilibrer le taux de cholestérol, perturber le sommeil, provoquer une prise de poids et réduire la capacité du corps à récupérer. Tout cela finit par fragiliser le cœur.
À petite dose, ce mécanisme reste une réaction normale du corps. C’est ce qu’on appelle le stress ponctuel, celui qu’on ressent avant un examen ou une prise de parole, et qui disparaît dès que la tension retombe. Le plus préoccupant est le stress chronique, celui qui s’installe jour après jour et ne laisse plus au corps le temps de se reposer. Ce stress de fond peut entraîner des inflammations persistantes et favoriser l’apparition de la coronaropathie, une maladie des artères coronaires, ces vaisseaux qui alimentent le cœur en sang et en oxygène.
Le Dr Thiombiano Kaboré rappelle aussi qu’un stress brutal peut déclencher un syndrome appelé cœur brisé ou Tako-Tsubo, une atteinte temporaire du muscle cardiaque qui survient après une émotion très forte.
Certains signes doivent donc alerter selon elle. Une douleur dans la poitrine qui serre ou écrase, des palpitations, un essoufflement inhabituel, des vertiges ou des sueurs froides ne doivent jamais être pris à la légère. Du côté psychologique, l’anxiété permanente, la peur, l’irritabilité et la sensation de ne plus rien contrôler sont aussi des signaux d’alarme. Quand ces symptômes persistent, il faut consulter sans attendre. Certains d’entre eux peuvent annoncer une crise cardiaque et nécessitent une prise en charge rapide.
Pour protéger le cœur, le Dr Thiombiano Kaboré recommande d’adopter des habitudes de vie qui réduisent le stress. L’activité physique régulière aide à relâcher la tension nerveuse et à améliorer la circulation du sang. La méditation, la respiration profonde ou la prière peuvent aider à apaiser l’esprit. Un sommeil suffisant et de qualité est essentiel pour permettre au corps de récupérer. Il faut aussi limiter les excitants comme le tabac, le café ou l’alcool, apprendre à dire non pour ne pas se surcharger, et surtout, s’accorder des moments de plaisir et de détente.
Le stress n’est pas un ennemi qu’on peut éliminer, mais c’est un adversaire qu’on peut apprivoiser. En apprenant à le reconnaître et à le gérer, on protège son cœur autant que son esprit. Parce qu’un cœur apaisé bat plus fort et plus longtemps.
Madina Belemviré

