Hémorragie du post-partum : la bataille se joue aussi en salle d’accouchement
À Tenkodogo, les gynécologues ont choisi de ne pas parler seuls de l’hémorragie du post-partum. Les 6 et 7 août 2026, la SOGOB a réuni plus d’une trentaine de sage-femmes autour d’un même enjeu : mieux prévenir et prendre en charge cette complication qui reste l’une des principales causes de décès maternels au Burkina Faso.

Une femme arrive en salle d’accouchement. La situation se complique. Le sang coule. Dans ces instants, la première personne à observer, alerter et agir n’est pas forcément le gynécologue. Très souvent, c’est la sage-femme.
C’est précisément à partir de cette réalité que la Société des gynécologues et obstétriciens du Burkina (SOGOB) a voulu rapprocher les deux professions. Après une première session organisée à Ziniaré, une deuxième rencontre s’est tenue les 6 et 7 août à Tenkodogo, avec 32 participants venus notamment des formations sanitaires de Fada N’Gourma, Manga et Tenkodogo.
L’atelier a été organisé avec la contribution du ministère de la Santé et l’appui financier de la Fondation Gates à travers Enda Santé et KENAYA Impact. Il s’inscrit dans une démarche visant à renforcer le plaidoyer et la mobilisation autour de l’hémorragie du post-partum (HPP), mais aussi à mieux outiller les professionnelles qui sont en première ligne dans les salles d’accouchement.
Pour le Pr Alexis Yobi Sawadogo, gynécologue obstétricien et point focal de la lutte contre l’HPP au sein de la SOGOB, le choix des sages-femmes n’a donc rien d’anodin. « Ce sont elles qui sont en première ligne de la prise en charge », rappelle-t-il.

Mais la formation ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances. Elle offre aussi aux gynécologues et aux sages-femmes un espace pour parler ensemble de ce qui se passe réellement dans les salles d’accouchement. « Ça nous permet, nous les gynécologues, de mieux nous rapprocher de nos collaboratrices », explique le Pr Yobi.
Pendant deux jours, les participants ont notamment échangé sur les conséquences sanitaires, économiques et sociales de l’HPP, la situation de la mortalité maternelle, ainsi que sur les moyens de prévenir et de prendre en charge les hémorragies. Une question a également été posée sans détour : pourquoi l’HPP continue-t-elle de tuer au Burkina Faso ? Les discussions ont permis d’examiner les obstacles, mais aussi les possibilités d’action liées notamment à la formation, aux ressources et à la législation.
Le problème reste de taille. Selon les données présentées lors de l’atelier, l’HPP représente environ 30 % des causes de décès maternels au Burkina Faso. La mortalité maternelle est passée à 198 décès pour 100 000 naissances vivantes, mais demeure encore loin de la cible des Objectifs de développement durable fixée à moins de 70 pour 100 000.
Pour le Pr Yobi, les efforts du système de santé doivent donc être accompagnés d’une réponse plus large, impliquant plusieurs secteurs et davantage de sensibilisation du public comme des décideurs. Et dans cette équation, les sages-femmes ont une place incontournable.

Tenkodogo ne sera d’ailleurs pas le dernier arrêt. Une troisième session est annoncée dans la région du Guiriko. Elle réunira des sages-femmes des zones de Dédougou, Banfora, Gaoua et Bobo-Dioulasso. L’ambition reste la même : multiplier les espaces de dialogue entre professionnelles et faire en sorte que la lutte contre l’HPP ne repose pas uniquement sur les services spécialisés, mais aussi sur celles qui accueillent les femmes au moment où tout peut basculer.
Madina Belemviré

