Terrorisme : « Les enfants vivent dans un contexte de séparation, de menace permanente et de deuil » (psychologue)

Un enfant a besoin d’un cadre de vie sain pour se développer, grandir et s’épanouir. Cependant, avec les attaques terroristes dont le Burkina fait face depuis quelques années, les enfants vivant dans les zones à forte menace sécuritaire vivent perpanament dans un environnement insecurise, marqué par la violence. Quelles peuvent être les conséquences psychologiques de la violence sur ces enfants ? Que faire face à cette situation ? Maitre de Conférences en psychopathologie clinique et psychocriminologie, enseignant-chercheur, psychologue praticien, Dr Sébastien Yougbare réponds aux questions de Bulletin santé.

Comment vivent les enfants vivant dans les zones à forte menace terroriste ?

Ces enfants vivent dans un contexte de séparation, de menace permanente et de deuil, et ont la mémoire abritée par des scènes traumatiques. Ce sont très souvent des enfants de grossesse à souffrance, parce que l’instinct de survie est plus activé chez ces mères que la quiétude.

Une grossesse chargée d’instinct de survie est une grossesse toxique. Après la naissance, la mère est déchargée. En se déchargeant, elle est aussi chargée d’angoisse car elle doit protéger son enfant tant du point de vue alimentaire, affectif que du point de vue de la survie de cet enfant. Ces mères sont anxieuses, traumatisées et qui dit traumatisées, dit désorientation et désorganisation pour fournir les soins à ces enfants.

Ces enfants eux-mêmes demeurent dans la crainte, la menace de mort très souvent ignorée, mais ils sentent que l’environnement n’est pas sécurisant. Ce sont des enfants qui ont perdu ou qui sont menacés de perdre leur porteur de soins, à savoir les parents. Dans cette dynamique, c’est un nourrissage traumatique qui s’installe. Un nourrissage désorganisé, apeuré et quand on est apeuré, la mémoire devient traumatique.

Chaque jour, ils vivent des traumatismes et sont suffisamment en alerte. Il n’y a pas de construction paisible au niveau d’activités cognitives, puisqu’il n’y a pas d’espace d’apprentissage sinon qu’apprendre la violence de l’autre.

Quelles peuvent être les conséquences psychologiques de la violence sur ces enfants?

– A long terme, ces enfants peuvent s’identifier à l’agresseur et cela peut se faire tant chez le jeune enfant, chez l’adolescent que chez le jeune adulte;

– La formation de la personnalité de ces enfants s’inscrit dans un contexte anti social et ce sont potentiellement des enfants qui auront des ratés au niveau développemental. Cela va jouer sur leur attention, c’est-à-dire leur mémoire : ce serait des enfants surexcités, suffisamment agités, qui restent dans une vigilance anticipée.

– Ils vivent à proximité des gens et peuvent s’adonner à des stupéfiants, à la drogue par le fait d’avoir épousé la violence. Ils peuvent même rejoindre les bandes armées et n’avoir que pour modèle ces bandes armées ;

– Ils peuvent en arriver à la perte de contact avec la réalité et c’est là qu’ils vont plonger dans les troubles mentaux du fait de leur proximité avec la drogue et des deuils non résolus. Ils vont naviguer entre dramatisation émotionnelle et bizarrerie comportementale telle que la perte de contact avec la réalité.

Que faire face à cette situation?

– Il faut une prise en charge psycho traumatisme infantile : il faut un dispositif de psychologues pour désamorcer la charge émotionnelle perturbée du fait des évènements traumatiques chez l’enfant et même chez les mères ;

– Au niveau social, il faut favoriser des espaces de vivre ensemble avec des activités saines telles que des activités de resocialisation, de détente… ;

– Il faut ouvrir des écoles pour les mettre dans des formations structurantes et efficientes afin de renforcer leur résilience ;

– Il faut désensibiliser les apprentissages en forme de croyances erronées qu’on leur a impliqué dans ces espaces et dans cette éducation à la violence ;

– On peut aussi au plan psychiatrique traiter des pathologies mentales associées à cette souffrance.

Madina Belemviré

One thought on “Terrorisme : « Les enfants vivent dans un contexte de séparation, de menace permanente et de deuil » (psychologue)

  • 4 novembre 2021 à 10h59
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    Pertinent et d’actualité. Merci ❤️

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