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Trop de sel : quand l’assiette met le cœur à l’épreuve

Le sel donne du goût, mais en excès, il donne aussi du fil à retordre au cœur. Dans les plats cuisinés, les bouillons ou les sauces toutes prêtes, il s’invite souvent sans qu’on s’en rende compte. Le Dr L. Prisca Thiombiano Kaboré, cardiologue, explique pourquoi le sodium, pourtant indispensable au fonctionnement du corps, devient dangereux quand il dépasse la mesure.

Dr L. Prisca Thiombiano Kaboré, cardiologue

Le sel, encore appelé sodium, est un nutriment essentiel. Il aide à maintenir le volume du sang, l’équilibre acido-basique, la transmission de l’influx nerveux et le bon fonctionnement des cellules. Mais ce précieux allié devient un ennemi lorsqu’il est consommé en excès. D’après l’Institut pour les mesures et l’évaluation de la santé (IHME), près de 1,89 million de décès chaque année sont liés à une consommation trop élevée de sodium. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que réduire le sel est l’une des mesures les plus efficaces et les moins coûteuses pour prévenir les maladies cardiovasculaires.

Le Dr Thiombiano Kaboré explique que le sel agit directement sur la tension artérielle. En cas d’excès, il provoque une rétention d’eau dans l’organisme. Le volume de sang augmente, et le cœur doit pomper plus fort pour le faire circuler. Cette pression supplémentaire sur les parois des artères fait grimper la tension et abîme les vaisseaux au fil du temps. Le sodium en trop grande quantité rend aussi les artères moins souples, ce qui complique encore la tâche du cœur.

Certaines personnes sont dites sensibles au sel. Leur organisme élimine moins bien le sodium par les reins, ce qui aggrave la rétention d’eau et augmente encore plus la pression artérielle. C’est pourquoi, dans certaines familles, plusieurs membres peuvent souffrir d’hypertension, même sans surpoids ou excès alimentaire évident.

Le Dr Thiombiano Kaboré précise qu’il n’y a pas de différence entre le sel ajouté dans les plats et celui caché dans les aliments transformés. Dans les deux cas, il s’agit de chlorure de sodium. La différence, c’est que le sel des produits industriels est souvent dissimulé. Il sert à conserver, améliorer la texture ou relever le goût. On peut donc en consommer de grandes quantités sans s’en rendre compte. Le problème, c’est que ce sel “invisible” représente aujourd’hui la plus grande part de la consommation quotidienne.

Les études montrent que les adultes consomment en moyenne plus de dix grammes de sel par jour, soit le double de la quantité recommandée. Pour rester en bonne santé, l’Organisation mondiale de la santé préconise de ne pas dépasser cinq grammes par jour, soit environ une cuillère à café. Chez les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque ou rénale, les médecins peuvent aller jusqu’à recommander un régime désodé strict, avec moins de deux grammes par jour. Pour les enfants, la limite est encore plus basse, autour de deux grammes selon l’âge.

Une consommation excessive de sel ne se contente pas de faire grimper la tension. À long terme, elle augmente le risque d’accident vasculaire cérébral, de maladies cardiaques, de troubles rénaux et même d’ostéoporose, car le corps élimine plus de calcium. Elle peut aussi provoquer des œdèmes, des ballonnements et une fatigue persistante.

Pour réduire sa consommation sans sacrifier le goût, le Dr Thiombiano Kaboré conseille de privilégier les aliments frais, de cuisiner soi-même et d’utiliser des herbes, du citron ou des épices pour relever les plats. Retirer la salière de la table, limiter les bouillons cubes, les sauces prêtes à l’emploi et les repas industriels sont des gestes simples mais efficaces. Choisir des produits à faible teneur en sodium et lire les étiquettes permet aussi de mieux contrôler ce que l’on consomme.

L’OMS encourage par ailleurs les pays à agir au niveau collectif. Réduire la teneur en sel des produits industriels, renforcer l’étiquetage clair des aliments et sensibiliser la population à travers les médias.

Le sel est nécessaire à la vie, mais c’est sa dose qui fait la différence entre équilibre et excès. En apprendre à mieux le doser, c’est offrir un peu de répit à son cœur et à ses artères.

Madina Belemviré

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