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Longs voiles, pagne noué autour du cou : quand un tissu devient un danger

Chaque jour, dans les rues du Burkina Faso, des femmes enfourchent leur moto, le foulard ou le voile flottant au vent. Ce geste, presque quotidien, cache pourtant un danger à savoir la strangulation (étranglement) accidentelle. AU CHU Yalgado Ouédraogo, le Dr Wendlasida Arlette Yanogo, chirurgie ORL, voit trop souvent les conséquences de ces accidents dans son service.

Une femme enfourche sa moto, son voile long flottant derrière elle comme une bannière légère. Elle pense à sa journée, aux courses, au moulin qui l’attend. Elle pense à sa journée, aux courses, qui l’attend. Elle ne se doute pas qu’en un instant, ce tissu qui danse autour de son cou peut devenir un piège mortel. Une roue arrière, un rayon qui attrape le tissu, et soudain le souffle se bloque, le cou est comprimé, la panique s’installe. Ce n’est pas seulement le voile qui inquiète. Certaines femmes attachent leur pagne autour du cou pour se protéger de la poussière ou portent de longs voiles pour aller au moulin. La longueur de ces tissus devient alors un piège mortel.

Dr Wendlassida Arlette Yanogo, médecin ORL

Elle peut se coincer dans les roues, dans la machinerie, et provoquer des étranglements soudains. Dans les cas les plus graves, explique le Dr Yanogo, les victimes développent des difficultés respiratoires nécessitant une trachéotomie, une intervention d’urgence qui consiste à créer une ouverture dans la trachée pour permettre à l’air de passer. Cette opération peut sauver la vie, mais prévient la spécialiste, elle perturbe le passage normal de l’air et de la voix. « La personne ne parlera plus de la même façon, et même après rééducation, elle ne retrouvera pas complètement sa voix naturelle. Elle pourra parler, mais le son sera différent, plus grave et moins fluide », a-t-elle indiqué.

Les études internationales confirment ces risques. Une recherche menée à Karachi, au Pakistan, a montré que 20,6 % des blessures chez les conductrices de moto étaient causées par des foulards longs, souvent avec des traumatismes au cou, à la tête et aux membres (SDI-OPR, 2014). Une autre étude a révélé que 73,9 % des victimes de blessures liées aux vêtements étaient des femmes (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24881928/). Au Mali et en Inde, des cas mortels ont été documentés, illustrant le danger réel du « Long Scarf Syndrome » ou « syndrome du long foulard » (ResearchGate, 2015).

Le message du Dr Yanogo est simple et urgent. Chaque voile long, chaque pagne attaché doit être porté avec prudence. Privilégier des vêtements ajustés, des foulards conçus pour circuler à moto, respecter les règles de sécurité routière, ce n’est pas un luxe, c’est une question de vie ou de mort. Parce qu’il suffit d’un souffle coincé, d’un tissu qui s’accroche, pour que toute une journée, toute une vie, bascule en un instant.

Madina Belemviré

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