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Violence dans l’intimité : Les mots qui humilient dans le couple

Il existe une violence dont on parle encore moins que les coups. Une violence qui se cache derrière les portes closes, dans l’intimité du couple, là où l’on est censé se sentir en sécurité. La violence psychologique dans l’intimité ne laisse pas de traces visibles, mais elle attaque profondément l’estime de soi, le rapport au corps, au désir et à la sexualité.

Dr Boubacar BAGUE, médecin psychiatre

Dans le couple, les mots prennent un poids particulier. Parce qu’ils viennent de quelqu’un qu’on aime, qu’on respecte ou dont on dépend affectivement. Une phrase peut alors faire beaucoup plus de dégâts qu’une gifle. « Tu as un petit kiki », « ça me chatouille au lieu de me faire vibrer », « tu ne peux même pas faire une minute sur une femme, homme inutile ». À cela s’ajoutent parfois des silences méprisants, des regards qui jugent, ou ce petit « tchurrrr » lâché par des femmes insatisfaites, qui sonne comme un verdict. Répétées, ces paroles finissent par transformer la sexualité en source de honte, de stress et de peur de l’échec. L’homme n’est plus dans le plaisir, mais dans l’anticipation de l’humiliation. Il redoute l’acte avant même qu’il ne commence.

Sur le plan médical, les observations cliniques en sexologie et en psychiatrie montrent que ces humiliations verbales répétées peuvent avoir un impact direct sur la performance sexuelle masculine. L’anxiété de performance, la peur d’être jugé ou ridiculisé, le stress chronique et la perte de confiance en soi peuvent entraîner des troubles de l’érection, une éjaculation précoce ou une inhibition du désir. Le corps ne répond plus librement lorsqu’il est placé sous pression permanente.

Les femmes ne sont pas épargnées par cette violence intime. Certaines entendent régulièrement : « ton sexe est large, je nage dedans ». D’autres sont attaquées sur leur apparence : « tes seins sont tombés », « je vais faire quoi avec ça ? », « tu es devenue grosse ». Comme si leur corps devait être évalué, jugé, condamné. Ces humiliations sexuelles et corporelles attaquent directement l’image de soi et la relation au plaisir. À force, certaines femmes se détachent de leur propre désir, subissent les rapports sans y être réellement présentes ou développent un rejet profond de leur intimité.

Selon les observations cliniques en sexologie et les données issues de la pratique psychiatrique, chez les femmes, la dévalorisation répétée du corps et de la sexualité est associée à une baisse du désir, des difficultés d’excitation, des douleurs pendant les rapports ou une absence de plaisir. Le corps finit par se fermer lorsque l’intimité ne constitue plus un espace de sécurité émotionnelle.

Selon le Dr Boubacar Bagué, médecin psychiatre, la violence psychologique est particulièrement destructrice parce qu’elle est chronique et silencieuse. Elle anéantit progressivement les mécanismes de résilience, entraîne un épuisement émotionnel et une perte profonde de confiance en soi, en ses valeurs et en ses capacités. Dans l’intimité, cette violence agit encore plus violemment, car elle touche à ce que la personne a de plus vulnérable.

Contrairement à la violence physique, souvent bruyante et visible, la violence psychologique dans l’intimité se vit dans la discrétion la plus totale. L’entourage ne voit rien. La victime continue d’exister socialement, pendant qu’à l’intérieur, tout s’effondre. Et parce qu’il n’y a ni coups ni marques visibles, cette violence est souvent banalisée, parfois même justifiée.

Nommer la violence psychologique dans l’intimité, ce n’est pas attaquer le couple ni faire la promotion du conflit. C’est rappeler qu’aucun lien affectif, aucun engagement, aucune relation sexuelle ne donne le droit d’humilier, de rabaisser ou de détruire l’autre. L’intimité devrait être un espace de respect et de sécurité. Lorsqu’elle devient un lieu de peur et de dévalorisation, ce n’est plus de l’amour, mais une violence qui mérite d’être reconnue, entendue et prise en charge.

Madina Belemviré

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