Dépression Pourquoi les femmes sont plus exposées que les hommes?

 

La dépression ou trouble mental est la deuxième cause d’hospitalisation et de consultation dans le service de psychiatrie du CHU Yalgado Ouédraogo Elle se définit par une baisse de tonus de l’esprit et une perte d’envie de mener des activités de la vie. Elle survient lorsque la personne est soumise à des agressions (physiques et ou psychologiques) qui deviennent de plus en plus chroniques tels l’excès de travail, certaines maladies, les problèmes de famille etc… Une femme sur cinq contre un homme sur dix en souffre. Pourquoi les femmes sont plus concernées que les hommes ? Tentatives de réponses dans cet article.

Trois catégories de raisons justifient cette situation selon le Pr Arouna Ouédraogo, Chef de service psychiatrique au CHU Yalgado Ouédraogo. La première raison est d’ordre biologique.

Pour lui, les hormones qui interviennent dans le cycle menstruel de la femme sont les mêmes qui interviennent dans le déterminisme de la dépression. La preuve, explique-t-il, pendant les cycles menstruels de la femme, il y a une variation de l’humeur qui peut passer inaperçue chez certaines femmes, mais qui est accentuée chez d’autres dans le sens de la tristesse. C’est le cas de madame Yvette Traoré, secrétaire dans une société de la place. « Pendant ma période prémenstruelle, je deviens nerveuse, agressive, dépressive… Je m’isole de mon entourage pour éviter de parler à quelqu’un. Il m’arrive même de pleurer sans raison. Au début mon mari pensait que c’est juste un caprice de femme. Mais à la longue, il a fini par comprendre. Quand je deviens bizarre, il me taquine en me demandant : tes génies sont là non ? », a-t-elle indiqué.

En plus des raisons biologiques, poursuit Pr Ouédraogo, s’ajoute également la vulnérabilité psychologique de la femme. Comparativement à l’homme, soutient-t-il, la femme est plus exposée et plus sensible à un certain nombre de facteurs de stress ou de traumatisme psychologique. C’est le cas de cette enseignante, qui était victime selon ses dires, de violence morale et verbale de la part de son mari.

« Je dormais presque plus et j’avais aussi des troubles de l’appétit. Cela m’a fait perdre du poids de façon considérable. Je ne pouvais pas en parler à quelqu’un car j’avais honte et peur d’être jugée», a-t-elle dévoilé précisant qu’elle pensait à en finir avec sa vie.

En plus de cela, poursuit le spécialiste, le rôle multiple de la femme dans la société peut justifier son état de dépression. « La femme est généralement à la fois mère, travailleuse, épouse avec souvent une insuffisance de reconnaissance de ses rôles multiples», a-t-il fait remarquer.

Dans la pratique quotidienne, argumente-t-il, ce sont des constatations que « nous faisons et qui sont de nature à la faire basculer dans la dépression ». Prenant l’exemple du mariage, Pr Arouna Ouédraogo a rappelé que dans les sociétés traditionnelles où même souvent en milieu urbain, c’est l’homme qui a la possibilité de choisir sa femme. « Ce n’est pas toujours donné à la femme de choisir son conjoint et quand ce dernier lui ai imposé, elle va ruminer toutes ses frustrations, car elle n’est pas en état de pouvoir extérioriser son déplaisir ».

Impact de la dépression sur le cœur

En plus de jouer sur le mental de la personne qui en souffre, la dépression a également des effets néfastes sur le cœur. La preuve, soutient Dr Yannick Armel Bassolé, cardiologue, les personnes dépressives en général secrètent des hormones du stress. Que ce soit l’adrénaline ou le cortisol, ce sont des hormones qui peuvent entrainer des palpitations, des accélérations du rythme du cœur, une élévation de la pression artérielle qui peut entrainer un certain nombre de conséquences.

A côté de cela, poursuit-il, il faut savoir que le patient dépressif est sujet à avoir des conduites addictives, c’est-à-dire que lors d’un épisode dépressif, il peut être amené à fumer (tabagisme actif), et à consommer des stupéfiants pour noyer ses soucis. Toute chose qui peut entrainer un retentissement au niveau de la santé cardiovasculaire. Donc à la fois l’affection en elle-même et les conduites qu’elles peuvent entrainer peuvent entretenir de façon négative sur le cœur.

Ayant connu une période assez difficile à un moment de sa vie, cette jeune fille d’une trentaine d’année a révélé avoir eu recours à l’alcool pour surmonter ses difficultés. « Je me sentais seul et mes seuls moments de joie c’était quand j’étais au boulot. Mais dès que je rentrais à la maison, j’avais l’impression de vivre seul bien que je n’ai pas de problèmes avec ma famille. J’ai même connu des nuits blanches où j’étais obligée de prendre un peu d’alcool pour trouver le sommeil.», a-t-elle confié.

Somme toute, la dépression est un trouble mental qui peut toucher aussi le cœur. Si la personne n’est pas prise en charge rapidement, prévient Dr Bassolé, elle peut être exposée à des complications telles les AVC. Il est donc important de le savoir et de pouvoir anticiper rapidement.

Madina Belemviré

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