Dépendance affective : « C’est un handicap émotionnel et un problème qu’il faut corriger », Dr Kouma

La dépendance affective se caractérise par un manque de confiance en soi et le besoin de l’affection des autres. Comment reconnaître une personne dépendante affectivement ? Quelles peuvent être les conséquences ? Comment s’en sortir ? Maître de conférences à l’université Joseph Ky Zerbo, Daouda Kouma, psychologue de formation répond aux questions de Bulletin santé.

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que la dépendance affective ?

C’est le fait d’avoir une jalousie maladive, d’être possessif, de vouloir l’exclusivité des sentiments avec quelqu’un. On n’a pas suffisamment confiance en soi, on a besoin de l’autre, on veut contrôler tout de l’autre, tant que l’autre n’est pas là on ne se sent pas en sécurité. Ce n’est pas seulement dans le domaine sentimental. Ça peut être dans le domaine de l’amitié, professionnel…

Comment reconnaître une personne dépendante affectivement ?

Quand la personne manifeste :

– La peur de l’abandon,
– La jalousie excessive,
– L’insatisfaction chronique par rapport à la relation,
– L’incapacité de prendre des décisions seules,
– Le manque d’estime de soi,
– Une angoisse de la perte de l’autre : elle peur que l’autre nous abandonne, on se demande ce que sera notre avenir sans l’autre. Ce sont des symptômes de ce genre qui doivent alerter.

Quelles peuvent être les causes de la dépendance affective ?

Il y a des personnes qui sont très sensibles de façon naturelle. Ces personnes sont prédisposées à vivre la dépendance affective.

Très souvent aussi, elle intervient à la suite d’évènements majeurs : crises, traumatismes qui ont marqué et fragilisé la personne de telle sorte que la personne dépendante affectivement créée une certaine dépendance vis-à-vis des personnes qui ont pu l’assister après ces évènements,  parce que ça lui permet d’avoir une certaine confiance. C’est un handicap émotionnel et un problème qu’il faut corriger parce qu’il y a un déséquilibre. On a l’impression que sans la présence de l’autre, notre vie n’a pas de raison d’être.

Quelles peuvent être les conséquences ?

La personne a du mal à s’adapter, à être autonome, à prendre des décisions seules, à pouvoir se prendre en charge et diriger sa vie.

Elle n’est plus libre de ses choix et est toujours obligé de se référer aux autres. Cela altère les fonctions d’adaptation et ça peut jouer sur les capacités cognitives parce qu’elle n’est plus habituée à réfléchir par elle-même. Du coup quand elle est laissée seule, elle est hantée et a une peur bleue pour faire face à des évènements et d’être confrontée à des réalités.

Elle peut aussi détruire sa relation car dans une relation, chacun a besoin d’un périmètre de liberté. Quand on sent que l’autre s’accroche, ce n’est pas toujours évident. Il faut une relation équilibrée alors que quand on est dans la dépendance affective, la relation est déséquilibrée, on cherche tout le temps à être avec la personne, à être porté de façon symbolique par l’autre. Si la personne aussi a d’autres soucis, surtout dans le couples, à moyen terme ça peut tenir, mais à long terme, ce n’est pas tenable.

Comment s’en sortir ?

Il faut sensibiliser la personne à pouvoir gérer parfois le fait d’être seul, de pouvoir gérer un certain nombre d’activités pour pouvoir prendre des décisions seules. C’est généralement ce qu’on appelle la thérapie cognitivo comportementaliste.

On change les représentations de la personne par rapport à son autonomie, on essaye aussi de provoquer des comportements qui l’emmènent à agir et à tirer les conséquences de ses actes sans forcément se référer à quelqu’un.

Des conseils ?

Quand on est dépendant affectivement, on n’est pas conscient de cela. C’est aux autres d’en tenir compte, d’attirer l’attention de la personne et de l’emmener à se restructurer, à trouver l’équilibre émotionnel nécessaire pour ne pas tout le temps être quelqu’un d’envahissant.

Madina Belemviré 

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