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Première femme anesthésiste-réanimateur au Burkina Faso : le parcours de Dr Haoua Dipama Kiemdé

Première femme anesthésiste réanimateur du Burkina Faso, Dr Dipama a choisi très tôt de se tenir là où la médecine lutte contre la douleur et l’urgence. Au bloc opératoire comme en réanimation, elle accompagne les patients pour soulager leur douleur. Un engagement qu’elle porte depuis plusieurs décennies et qui a ouvert la voie à d’autres femmes dans cette spécialité.

Dr Haoua Dipama Kiemdé, anesthésiste réanimateur

Au CHU de Bogodogo, où elle exerce aujourd’hui, Dr Awa Dipama Kiemdé fait partie d’une génération de médecins qui ont contribué à structurer l’anesthésie-réanimation dans le pays. Lorsqu’elle choisit cette spécialité, aucune femme n’y exerce encore. Elle deviendra ainsi la première anesthésiste-réanimateur du Burkina Faso. Plusieurs personnes ont tenté alors de la dissuader en lui répétant que ce domaine est trop difficile pour une femme, qu’elle est déjà mariée et que l’anesthésie réanimation demande énormément de temps.

Mais elle reste fidèle à son choix. Ce qui la motive avant tout, c’est la prise en charge de la douleur et l’accompagnement des patients dans des moments particulièrement éprouvants. Avant une opération, devant une salle de réanimation, les patients et leurs familles vivent souvent une grande angoisse. Elle a voulu comprendre cette souffrance et les aider à la traverser. Cette sensibilité ne date pas d’aujourd’hui. Elle trouve ses racines dans l’enfance. Dans sa famille, lorsqu’une personne se blessait, c’était souvent elle qui nettoyait les plaies et faisait les pansements. À l’école primaire déjà, même les aînés faisaient appel à elle pour ce type de soins.

Mais au moment des orientations au lycée, son parcours connaît une difficulté. Après le BEPC obtenu au lycée Philippe Zinda Kaboré, elle revient à la rentrée scolaire convaincue de pouvoir poursuivre en série scientifique. En consultant les listes, elle découvre pourtant qu’elle a été inscrite en seconde A. Lorsqu’elle signale la situation, le proviseur affirme qu’il n’y a pas d’erreur. Elle n’a alors que seize ans et refuse d’accepter cette décision. Elle insiste, discute et continue de défendre ce qu’elle considère comme son droit.

Ainsi, à la fin du premier trimestre, l’administration finit par reconnaître qu’une erreur s’est produite. On lui propose alors d’intégrer la seconde C au deuxième trimestre. Elle refuse. Rejoindre la série scientifique en cours d’année ne lui paraît pas raisonnable. Elle préfère terminer l’année en seconde A et passer ensuite en première D. Le proviseur refuse dans un premier temps. La discussion devient un véritable bras de fer. Chaque jour, à la récréation, elle se rend dans son bureau pour défendre son projet. Face à sa détermination, le proviseur finit par consulter son professeur de sciences. Celui-ci confirme que l’élève ne s’est pas trompée et que l’erreur vient de l’administration. Selon lui, il faut lui permettre de suivre l’orientation qu’elle demande. L’établissement accepte finalement. Avant de valider la décision, on lui pose une dernière question. Pourquoi tient-elle autant à la série scientifique ? La réponse lui vient spontanément. Elle veut devenir docteur.

Cette conviction ne la quitte plus. Après le lycée, elle entame des études de médecine et poursuit son objectif avec la même détermination. À la fin de sa formation, elle commence à exercer en maternité et pense se diriger vers la gynécologie. Avant de se spécialiser, elle prend le temps d’observer différents services. Sa rencontre avec le professeur Sanou, spécialiste d’anesthésie et de réanimation, marque un tournant. Il l’encourage à choisir cette spécialité et lui explique qu’elle peut devenir la première femme anesthésiste du Burkina Faso. Elle accepte et relève le défi. Après sa spécialisation, elle est affectée au CMA du secteur 30 de Ouagadougou, où les débuts ne sont pas toujours faciles. La structure n’avait jusque-là jamais compté de médecin anesthésiste et les changements qu’elle propose ne convainquent pas tout de suite tous ses collègues.

Cependant, un évènement tragique survenu lors d’une césarienne, un jour où elle n’est pas présente, va provoquer une prise de conscience au sein de l’équipe. L’incident pousse le service à analyser ce qui s’est passé et à réfléchir à des améliorations dans l’organisation du bloc opératoire. Les protocoles qu’elle propose sont alors progressivement adoptés et les façons de travailler évoluent peu à peu.

Au fil de sa carrière, certaines interventions l’ont particulièrement marquée. La Dre Dipama se souvient notamment d’une femme arrivée d’un village avec une rupture utérine, c’est-à-dire une déchirure de la paroi de l’utérus. L’intervention fut longue et difficile. Pendant plusieurs heures, l’équipe s’est mobilisée au bloc opératoire pour tenter de la sauver. Grâce à l’opération et à une surveillance attentive, la patiente a fini par se rétablir et est rentrée chez elle. Quelque temps plus tard, son mari est revenu exprimer sa reconnaissance.

Toutefois, sa vie n’a pas été épargnée par les épreuves. En septième année de médecine, alors qu’elle préparait sa thèse et attendait son deuxième enfant, elle développe une hypertension et perd le bébé. Cette période la plonge dans une profonde dépression. Malgré cette épreuve, l’idée d’abandonner la médecine ne lui traverse jamais l’esprit.

En dehors de son activité à l’hôpital, la Dre Dipama accorde une place essentielle à sa famille. Elle est épouse depuis sa quatrième année de médecine, mère et aujourd’hui grand-mère. Sa foi chrétienne occupe également une place importante dans sa vie. Titulaire d’une licence en théologie, elle s’implique dans des actions sociales, notamment auprès des veuves, des orphelins et dans la réinsertion de jeunes en difficulté.

Aujourd’hui, elle observe avec satisfaction l’évolution du paysage médical au Burkina Faso. De plus en plus de femmes choisissent la médecine et certaines se tournent désormais vers l’anesthésie-réanimation. Plusieurs sont venues après elle et d’autres sont encore en formation. Ces convictions puisent leur sens aussi dans son propre parcours. La Dre Dipama évoque volontiers un trait qui l’a longtemps accompagnée. Enfant, elle était très timide. Au fil des années, elle dit avoir découvert en elle une force intérieure qui l’aide à avancer. Pour elle, le pardon occupe une place importante, une valeur qui permet de continuer à travailler avec les autres et de rester concentrée sur l’essentiel.

Aujourd’hui, elle nourrit encore un rêve. Celui de se rendre un jour en Chine pour comprendre les secrets de la longévité et de la bonne santé, dans l’espoir d’en tirer des enseignements utiles pour les populations du Burkina Faso.

Madina Belemviré

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