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Anatomo-pathologie : Pr Assita Lamien épouse Sanou, celle qui lit les maladies au microscope

Dans un laboratoire, loin de l’agitation des salles de consultation, une autre forme de médecine s’exerce. Sur une lame de verre posée sous un microscope, quelques cellules suffisent parfois à révéler l’origine d’une maladie. C’est dans cet univers minutieux que Pr Assita Lamien épouse Sanou a choisi de consacrer sa carrière. Professeure titulaire d’anatomie et de cytologie pathologiques à l’Unité de formation et de recherche en sciences de la santé de l’Université Joseph Ki-Zerbo, elle est également cheffe adjointe du service d’anatomie et de cytologie pathologiques au CHU Yalgado Ouédraogo. Par ailleurs, elle est la présidente de la Société burkinabè de pathologie (SOBUPATH), une responsabilité qui témoigne de la confiance que lui accordent ses pairs.

Pr Assita Lamien épouse Sanou

Rien ne destinait pourtant Pr Assita Lamien épouse Sanou à cette spécialité encore peu connue du grand public. Son père était instituteur du primaire et était régulièrement affecté dans différents villages. Très jeune, elle découvre le monde des soins lors des visites au dispensaire. Les blouses blanches des infirmiers, leur manière de prendre soin des élèves malades, la marquent profondément. Elle s’imagine alors, elle aussi, exercer un jour dans le domaine de la santé.

Avec le temps, l’ambition évolue. Lorsque vient le moment de choisir une orientation à l’université, elle inscrit la médecine comme premier choix. Elle mentionne aussi le droit, par précaution, même si cette discipline ne l’attire pas réellement. L’orientation universitaire fera le reste. Après le baccalauréat, elle est admise en médecine. Une nouvelle aventure commence.

Pendant ses études, elle pense plutôt se diriger vers la pédiatrie. Elle aime les enfants et se voit volontiers travailler à leurs côtés. Mais un évènement va modifier sa trajectoire. Au moment de choisir un sujet de thèse, elle se tourne vers le professeur Soudré Robert, premier pathologiste du Burkina Faso, qui travaillait alors au CHU Yalgado Ouédraogo. Il lui propose un travail sur les frottis cervico-utérins pour le dépistage du cancer du col de l’utérus. L’étude ne se fera pas à Ouagadougou mais dans la région du Liptako, notamment à Dori et à Gorom-Gorom. Elle accepte sans hésiter.

Sur le terrain, elle réalise ses premiers prélèvements avant de les ramener au laboratoire à Ouagadougou pour les analyser. C’est là que naît sa fascination pour l’anatomie pathologique. Observer un fragment de tissu au microscope, en découvrir l’organisation, comprendre ce que ces cellules révèlent de l’état de santé d’un patient, puis poser un diagnostic qui permettra d’orienter les soins… cette démarche scientifique la captive immédiatement. Peu à peu, elle comprend que c’est dans cette spécialité qu’elle souhaite poursuivre sa carrière.

Mais autour d’elle, ce choix surprend. Beaucoup associent encore l’anatomie pathologique aux autopsies et à l’étude des cadavres. Certains lui demandent ce qu’elle va chercher dans ce domaine. D’autres s’étonnent qu’elle travaille avec le professeur Soudré, dont la réputation d’enseignant exigeant impressionnait les étudiants.

Malgré ces réactions, elle maintient son choix et poursuit son apprentissage dans le laboratoire du professeur Soudré. En travaillant à ses côtés, elle découvre plutôt un maître rigoureux mais profondément attaché à la transmission du savoir. Avec lui, elle comprend aussi que les autopsies ne représentent qu’une petite partie du travail des pathologistes. L’essentiel consiste à analyser les tissus et les cellules afin d’identifier les maladies et d’aider les cliniciens à poser les bons diagnostics.

Mais s’engager dans ce domaine n’a pas été sans difficultés. Comme dans tout parcours scientifique, les défis sont nombreux. Et pour une femme, explique-t-elle, il faut souvent redoubler d’efforts pour prouver sa valeur. Travailler avec détermination, viser l’excellence et ne jamais se contenter du minimum deviennent alors des exigences permanentes.

Dans ce travail où chaque observation doit être examinée avec la plus grande rigueur, certaines situations restent particulièrement présentes dans sa mémoire. Parmi elles, un cas de cancer du sein.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme et il est généralement diagnostiqué chez des patientes âgées de quarante ans ou plus. Un jour pourtant, en examinant une lame au microscope, elle observe une prolifération tumorale maligne. Lorsqu’elle consulte la fiche du patient, elle découvre avec surprise qu’il s’agit d’une jeune fille de dix-huit ans.

Elle relit alors la lame plusieurs fois et demande à ses collègues de vérifier l’observation. Le diagnostic est malheureusement confirmé. La jeune patiente souffre bien d’un cancer du sein, et sa grande sœur est déjà en traitement pour la même maladie.

Cette situation l’a profondément marquée. Elle lui rappelle qu’en médecine, on ne doit jamais se fier uniquement à l’âge pour orienter un diagnostic. Depuis ce jour, elle examine chaque lame avec la même rigueur, quel que soit le profil du patient.

Dans ce travail où les diagnostics peuvent être lourds de conséquences, la pression existe. Les cancers sont de plus en plus fréquents parmi les prélèvements analysés. Pour poser un diagnostic fiable, il faut savoir garder son calme, relire les documents scientifiques, discuter avec les collègues et, si nécessaire, recourir à des techniques complémentaires comme l’immunohistochimie ou la biologie moléculaire.

Cette expérience et cette rigueur reconnue par ses pairs l’ont progressivement conduite à assumer d’autres responsabilités. Aujourd’hui, Pr Assita Lamien épouse Sanou est également présidente de la Société burkinabè de pathologie. Lorsqu’on lui propose cette responsabilité, elle ressent d’abord une certaine appréhension. Elle se demande si elle sera à la hauteur. Mais la confiance de ses collègues finit par la convaincre d’accepter cette mission.

En dehors du laboratoire, elle se décrit simplement comme une femme mariée et mère d’une fille. Une femme attachée aux valeurs humaines qui guident aussi sa pratique médicale. Elle évoque avec reconnaissance le soutien de sa famille, en particulier celui de son époux, qui lui a permis de concilier les exigences de la carrière hospitalo-universitaire avec sa vie familiale.

Dans son parcours, elle tient également à exprimer sa gratitude envers ceux qui l’ont accompagnée. Elle rend notamment hommage au professeur Soudré Robert, pionnier de l’anatomie pathologique au Burkina Faso, qui l’a accueillie dans son laboratoire et a joué un rôle déterminant dans sa formation académique et hospitalière. À ses côtés, elle a appris la rigueur scientifique, mais aussi le sens de la transmission.

Forte de cette expérience, elle encourage aujourd’hui les jeunes femmes qui hésitent à s’engager dans les sciences. Les filières scientifiques peuvent sembler difficiles, reconnaît-elle, mais elles procurent aussi de grandes satisfactions. Savoir que son travail contribue à améliorer la vie des autres demeure pour elle une source de motivation profonde.

Cette réflexion rejoint aussi la manière dont elle perçoit la Journée internationale des droits des femmes. Pour elle, le 8 mars doit être avant tout un moment d’introspection. Une occasion de faire le point sur ce que l’on a accompli, sur ce que l’on peut encore apporter à la société et aux générations qui suivent.

Si elle devait résumer ce qui guide sa vie, un mot s’imposerait. L’amour. L’amour du prochain, l’amour du travail bien fait et la volonté d’agir pour les autres comme on aimerait que l’on agisse pour soi. Face aux défis, une phrase simple l’accompagne depuis longtemps. « N’aie pas peur. » Une manière de se rappeler que d’autres ont ouvert le chemin avant elle et qu’il faut continuer à avancer.

Parmi les femmes qui l’ont particulièrement inspirée figure le professeur Koné Bibiane, première gynécologue du Burkina Faso, dont l’engagement et la passion ont marqué plusieurs générations d’étudiants. Et si elle nourrit encore un rêve, il dépasse largement le cadre de la médecine. Celui de voir un jour un monde libéré des maladies. Un rêve sans doute impossible, reconnaît-elle, mais qui continue de donner du sens à son engagement.

Madina Belemviré

 

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