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Cancer du sein et grossesse : quand choisir de survivre devient un droit

Attendre un enfant alors qu’on lutte contre un cancer du sein n’est pas un simple défi : c’est un risque réel pour la santé de la mère. Entre traitements incompatibles avec la grossesse et poussée hormonale pouvant stimuler la tumeur, la situation peut devenir critique. Au Burkina Faso, la loi prévoit une interruption sécurisée de la grossesse à n’importe quel âge gestationnel quand la vie de la femme est menacée.

Lorsque le mot “cancer” surgit dans la vie d’une femme, tout se fige. Et si, au même moment, une grossesse s’annonce, le dilemme devient vertigineux. Le cancer du sein est aujourd’hui le cancer le plus fréquent chez la femme dans le monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il a touché 2,3 millions de nouvelles patientes et causé environ 670 000 décès en 2022.

Au Burkina Faso, les dernières estimations de GLOBOCAN 2022 (IARC/OMS) font état de 1 372 nouveaux cas de cancer du sein chez les femmes, soit environ 15 % des cancers féminins dans le pays. Une étude menée à Ouagadougou par le service de chirurgie cancérologique du CHU Yalgado Ouédraogo a rapporté une survie globale à 5 ans de 66,2 %, avec un pronostic plus sombre chez les femmes de moins de 30 ans (Zongo S. et al., Journal of Cancer Epidemiology, 2022).

La majorité de ces cancers sont dits hormono-dépendants, c’est-à-dire sensibles aux œstrogènes et à la progestérone, des hormones qui grimpent en flèche pendant la grossesse. « Chez ces patientes, la grossesse peut théoriquement stimuler la croissance tumorale », rappellent les recommandations de l’European Society for Medical Oncology (ESMO, 2023).

Un autre obstacle majeur est thérapeutique. La chimiothérapie, la radiothérapie et certains traitements hormonaux sont dangereux pour le fœtus. C’est le cas du tamoxifène, largement prescrit dans les cancers du sein sensibles aux hormones.

Ce médicament, qui bloque les récepteurs aux œstrogènes, est formellement contre-indiqué pendant la grossesse car il traverse le placenta et a été associé à des malformations congénitales graves (ASCO Survivorship Guidelines, 2023). Les sociétés savantes recommandent une contraception efficace pendant tout le traitement et plusieurs mois après son arrêt.

Reporter ou interrompre ces thérapies pour préserver la grossesse, c’est laisser le cancer progresser. Une étude internationale publiée dans The Lancet Oncology (Amant et al., 2020) a montré que les femmes diagnostiquées enceintes présentent souvent un stade plus avancé de la maladie et un pronostic moins favorable, en partie parce que leur prise en charge doit être adaptée ou retardée.

Face à ce risque vital, le Code pénal du Burkina Faso (Loi n°025-2018/AN, article 513-13) prévoit que l’interruption sécurisée de la grossesse est autorisée à n’importe quel âge gestationnel lorsque la vie de la mère est menacée par une pathologie grave comme un cancer nécessitant un traitement immédiat incompatible avec la poursuite de la grossesse. Cette disposition permet aux équipes médicales d’agir sans délai pour sauver la patiente.

Entre la vie qu’on porte et la sienne qu’il faut sauver, aucune femme ne devrait se sentir abandonnée. En garantissant l’accès à une interruption sécurisée quand le cancer rend la grossesse dangereuse, la loi burkinabè protège ce qui compte le plus, offrir à chaque patiente une chance réelle de vaincre la maladie.

Madina Belemviré

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