Violence psychologique : ces blessures qui ne saignent pas mais qui détruisent lentement
On parle souvent des coups, rarement des mots. Pourtant, certaines violences ne laissent aucune trace sur la peau, mais fissurent profondément le mental. Elles s’installent sans bruit, s’incrustent dans le quotidien et finissent par épuiser celles et ceux qui les subissent. La violence psychologique touche les femmes comme les hommes, dans le couple, au travail, en famille, et ses dégâts sont parfois plus durables que ceux de la violence physique.

La violence psychologique ne crie pas. Elle chuchote, elle insiste, elle répète. Elle se glisse dans une phrase dite “pour rire”, dans une remarque qui rabaisse, dans un regard qui juge, dans un silence qui punit. Elle prend la forme de menaces voilées, d’injures, de chantages affectifs, de harcèlement, de contraintes imposées, de mises en cause constantes des capacités et de la valeur de l’autre. Contrairement aux coups, elle ne fait pas tomber, mais elle use. Lentement. Jusqu’à ce que la personne ne se reconnaisse plus.
Pour le psychiatre Boubacar Bagué, expert en psychotraumatologie, cette violence est loin d’être anodine. « La violence psychologique est l’équivalente de la violence physique, mais elle est pire parce qu’elle est chronique. Elle a tendance à anéantir les mécanismes de résilience. » Là où un coup provoque une réaction immédiate, un cri, parfois une intervention de l’entourage, la violence psychologique agit dans l’ombre. Elle s’installe dans la durée, sans alerter. La victime continue de vivre, de travailler, de sourire parfois, pendant qu’à l’intérieur, tout s’épuise.
Hommes et femmes y sont confrontés. Une femme à qui l’on répète chaque jour qu’elle ne vaut rien, qu’elle ne réussira jamais sans son conjoint. Un homme humilié, rabaissé, constamment menacé de rejet ou de discrédit. Un employé harcelé, dénigré, privé de reconnaissance, jusqu’à douter de ses compétences. Mais cette violence commence parfois bien plus tôt et s’exerce aussi dans d’autres rapports de domination. Un enfant qu’on traite d’idiot, à qui l’on répète : « tu es vraiment bête », finit par intégrer ces mots comme une vérité sur lui-même. Une fille de ménage à qui l’on lance : « c’est pour ça que tu es fille de ménage », « quand tu étais chez toi, est-ce que tu mangeais ça ? », subit une humiliation quotidienne qui attaque directement sa dignité. « Ça entraîne un épuisement des émotions de la victime, un anéantissement de la confiance en soi, en ses valeurs et en ses capacités », explique le psychiatre. À force d’être attaquée, la personne finit par se taire. Par se convaincre que le problème vient d’elle. Et là où la violence devient particulièrement dangereuse, c’est quand elle est intériorisée.
Contrairement à la violence physique, souvent bruyante et visible, la violence psychologique est silencieuse. Elle laisse peu de traces visibles, mais provoque des dégâts profonds. Les conséquences peuvent être lourdes selon le spécialiste, allant des troubles psycho traumatiques, anxiété persistante, dépression, burn-out, abandon du domicile ou du poste de travail, fugue, démission, et parfois au suicide.
Face à cette réalité, reconnaître la violence psychologique, c’est déjà briser une partie de son pouvoir. C’est comprendre que les mots peuvent blesser autant, sinon plus, que les coups. C’est accepter que la souffrance invisible mérite autant d’écoute, de protection et de prise en charge. Parce que ce qui détruit lentement, dans le silence, finit souvent par faire plus de ravages que ce qui frappe fort et vite.
Madina Belemviré

