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Quand les hommes découvrent que leur urologue est une femme : le parcours de la Dre Konaté Sogodia Mireille

À Gaoua, au bloc opératoire du centre hospitalier régional, la Dre KONATÉ Sogodia Mireille dirige les interventions. Cheffe de service du bloc opératoire et praticienne hospitalière en urologie-andrologie depuis bientôt quatre ans, elle évolue dans une spécialité encore majoritairement masculine, qu’elle a choisie par passion et conviction.

Dre KONATÉ Sogodia Mireille, urologue andrologue

Depuis l’enfance, elle voulait soigner, comme sa mère. Pourtant, au lycée, elle choisit d’abord une série littéraire, passionnée par les lettres. Avec le temps, son projet de devenir médecin prend davantage de place. En classe de première puis en terminale, elle décide de réorienter son parcours vers les sciences, encouragée par son oncle. Le changement demande du travail et de l’adaptation, mais elle tient le cap. Elle obtient son baccalauréat scientifique avec mention, puis réussit en 2006 le concours d’entrée à l’Institut Supérieur des Sciences de la Santé de l’Université Nazi Boni à Bobo-Dioulasso. C’est là que commence véritablement son parcours médical. Les années de formation confirment peu à peu son choix. À partir de la troisième année de médecine, elle passe de plus en plus de temps au bloc opératoire. Elle observe, pose des questions, apprend aux côtés des aînés. L’atmosphère du bloc la fascine. La précision des gestes, la concentration de l’équipe, l’attention portée au moindre détail pendant une intervention.

Dans cet univers exigeant, elle découvre progressivement un véritable intérêt pour la chirurgie. Au fil des stages, l’urologie retient particulièrement son attention. Une spécialité encore largement masculine, mais dans laquelle elle se sent naturellement à sa place. Au Burkina Faso, les femmes restent encore peu nombreuses dans cette discipline. À ce jour, on compte six urologues femmes déjà formées, tandis qu’une dizaine d’autres sont actuellement en formation. Une évolution encourageante, qui montre que les lignes commencent peu à peu à bouger. Lorsqu’elle finit par annoncer ce choix autour d’elle, les réactions sont mitigées. Beaucoup n’y croient pas vraiment. Certains lui disent même que ce n’est pas une spécialité pour une femme. Elle entend ces remarques, mais ne s’y attarde pas. Elle préfère répondre par le travail.

Elle réussit le probatoire en urologie et poursuit sa spécialisation entre Bobo-Dioulasso et Ouagadougou, avant une année de perfectionnement à l’hôpital Charles Nicolle de Tunis. Une étape importante dans un parcours construit avec patience et détermination. Une fois engagée dans la pratique, elle découvre aussi une autre réalité de son métier. L’urologie touche à l’intime et concerne majoritairement des patients masculins. Les premières rencontres sont parfois marquées par la surprise. Certains patients ne s’attendent pas à voir une femme au cabinet. L’étonnement laisse souvent place à la curiosité, parfois à une gêne difficile à dissimuler. Chez les plus jeunes, l’embarras peut être palpable. Certaines situations exigent aussi une capacité d’adaptation que peu de spécialités demandent.

Elle se souvient d’un épisode survenu à ses débuts, alors qu’elle préparait un patient sur la table opératoire. Avec l’expérience, elle a compris que ces situations font partie de la réalité de cette spécialité. Les réactions involontaires des patients ne sont pas rares, dit-elle, mais le rôle du médecin reste de préserver leur dignité tout en poursuivant l’examen avec professionnalisme. Quant aux réticences, elles existent, mais restent limitées. Elles tiennent parfois à des considérations religieuses, parfois simplement à la pudeur.

Mais avec le temps, elle découvre même que son statut de femme peut être un atout. Certains hommes se confient plus facilement. Ils parlent de leurs difficultés, de leurs inquiétudes, parfois avec plus de liberté. Elle y voit la preuve que l’écoute et la compétence dépassent les stéréotypes. La confiance ne dépend pas du genre, mais de la qualité de la relation. Il arrive même que certains patients recherchent spécifiquement une urologue. Elle se souvient d’hommes qu’elle suivait régulièrement et qui, lorsqu’elle a changé de localité, lui ont demandé de les orienter vers une autre urologue.

Cette relation de confiance marque profondément sa pratique. Aujourd’hui, au Centre hospitalier régional de Gaoua, elle exerce depuis bientôt quatre ans comme praticienne hospitalière en urologie-andrologie et dirige le bloc opératoire. La demande est forte, les ressources limitées. La pression est constante. Elle compose avec les réalités du terrain, consciente que chaque décision engage une responsabilité.

Dans cette vie professionnelle exigeante, une autre dimension occupe aussi une place essentielle. Mère célibataire, elle élève seule sa fille tout en assumant gardes, interventions et responsabilités administratives. Trouver l’équilibre est un exercice permanent. « Il y a toujours un côté qui prend le coup », confie-t-elle avec lucidité. Durant sa spécialisation, jongler entre les exigences de la chirurgie et son rôle de mère a été la période la plus difficile. La fatigue, les gardes, la peur de l’échec. Mais renoncer n’a jamais été une option.

Le soutien de sa famille, notamment de son entourage proche, a été déterminant. Sans cela, le parcours aurait été plus fragile. Aujourd’hui, sa plus grande fierté est d’avoir mené ce parcours jusqu’au bout et d’exercer la spécialité qu’elle a choisie malgré les doutes et les obstacles.

Forte de ce parcours, elle s’adresse aussi aux jeunes femmes qui hésitent encore à choisir des spécialités dites masculines. Les métiers n’ont pas de genre. Ils demandent de la passion, du travail et de l’audace. La compétence reste la seule règle. L’urologie et l’andrologie se conjuguent aussi au féminin. Cette conviction donne aussi un sens particulier au 8 mars à ses yeux. Pour elle, cette journée n’est pas une simple célébration. Elle rappelle que l’égalité ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, par la détermination, l’audace et la résilience. Des mots qui résument aussi son propre parcours.

Si elle devait résumer son histoire en quelques mots, elle parlerait de détermination. La peur qu’elle a dû apprivoiser est celle de l’échec. La force qu’elle a découverte en elle est la capacité d’aller au-delà de ses limites. Et la femme qui continue de l’inspirer reste sa mère.

Madina Belemviré

 

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