Brucellose : à Ouagadougou, une femme enceinte sur quatre testée positive
Une femme enceinte sur quatre ayant participé à une étude menée à la maternité de l’Hôpital Saint-Camille de Ouagadougou a été testée positive à la brucellose. Sur 208 femmes examinées entre juillet 2024 et février 2025, 53 ont présenté des anticorps dirigés contre la bactérie responsable de cette maladie transmissible de l’animal à l’homme. Ces résultats ont été relayés sur Facebook par le Dr Isaac Alvarez Ouédraogo, qui a partagé l’étude publiée en juin 2026 dans l’African Journal of Microbiology Research. Autre constat : 94,7 % des femmes testées positives n’avaient jamais entendu parler de la brucellose.

La brucellose est une infection qui se transmet principalement de l’animal à l’homme. La contamination peut survenir notamment après la consommation de lait cru ou de produits préparés avec du lait non pasteurisé, de viande ou d’abats insuffisamment cuits. Elle peut également se produire au contact d’un animal infecté ou de produits issus d’une mise bas ou d’un avortement animal.
Les habitudes rapportées par les participantes montrent que plusieurs de ces situations sont fréquentes. Selon l’étude, 98 % des femmes interrogées consommaient du lait cru ou du dèguè préparé à partir de lait frais non pasteurisé. Quelque 92 % déclaraient manger de la viande ou des abats insuffisamment cuits. Elles étaient également 86 % à avoir l’habitude d’assister à la mise bas ou à l’avortement d’animaux.
Certaines pratiques étaient davantage associées à la positivité au test. La consommation de lait non pasteurisé était associée à un risque multiplié par 3,5. Pour le dèguè préparé avec du lait frais non pasteurisé, le risque était multiplié par 2,8. La manipulation à mains nues d’un animal ayant avorté était, elle aussi, associée à une augmentation du risque, estimée à 2,5 fois.
Ces résultats nécessitent toutefois une lecture prudente. Un test positif ne signifie pas nécessairement que la femme souffre d’une brucellose active au moment de l’examen. L’étude a recherché des anticorps, qui témoignent d’un contact de l’organisme avec la bactérie. Une positivité peut donc correspondre à une exposition ancienne et ne suffit pas, à elle seule, à confirmer une infection en cours.
Le taux de 25,5 % ne peut pas davantage être considéré comme une prévalence nationale. L’étude a porté sur 208 femmes recrutées dans une seule maternité de Ouagadougou. Elle fournit néanmoins une première donnée sur la présence d’anticorps liés à la brucellose chez des femmes enceintes au Burkina Faso et ouvre la voie à des recherches plus larges dans d’autres formations sanitaires et régions du pays.
La question mérite une attention particulière pendant la grossesse. Chez l’être humain, la brucellose peut provoquer différentes complications, notamment des atteintes de la grossesse. Chez les animaux, elle est notamment connue pour provoquer des avortements. Le contact avec un animal qui avorte, son placenta, son fœtus ou ses sécrétions peut donc exposer les personnes qui interviennent sans protection.
Dans les familles et les exploitations où ces pratiques sont courantes, quelques précautions peuvent réduire le risque. Le lait destiné à la consommation doit être bouilli ou pasteurisé avant d’être consommé ou utilisé pour préparer du dèguè. La viande et les abats, notamment le foie et la rate, doivent être correctement cuits. Lorsqu’un animal met bas ou avorte, il est préférable d’éviter le contact direct avec le sang, les sécrétions, le placenta ou le fœtus et d’utiliser des gants et autres équipements de protection appropriés.
Une fièvre persistante, des douleurs articulaires ou des antécédents de fausses couches inexpliquées doivent également conduire à une consultation médicale. Chez une personne ayant des contacts réguliers avec les animaux ou consommant du lait cru, la brucellose peut être évoquée avec le professionnel de santé afin d’orienter les examens si nécessaire.
La prévention ne relève toutefois pas uniquement de la médecine humaine. La lutte contre la brucellose passe aussi par la surveillance sanitaire des troupeaux, la prévention et la prise en charge des infections animales et, lorsque cela est indiqué, la vaccination des animaux. Cette articulation entre santé humaine et santé animale correspond à l’approche « Une seule santé », qui considère les deux dimensions comme étroitement liées.
L’étude recommande notamment de renforcer la sensibilisation des femmes enceintes et des populations exposées, tout en poursuivant les recherches afin de mieux documenter la circulation de la brucellose au Burkina Faso. Le niveau de connaissance relevé chez les participantes constitue à cet égard un autre point d’attention : près de 95 % des femmes testées positives n’avaient jamais entendu parler de la maladie.
Madina Belemviré
Source :Tialla D., Ouédraogo O.U., Kingweze K.J. et al., « Brucellosis in pregnant women in Ouagadougou, Burkina Faso », African Journal of Microbiology Research, 20(6), juin 2026, pp. 155-163, DOI : 10.5897/AJMR2025.9843. Étude portée à notre connaissance à travers une publication Facebook du Dr Isaac Alvarez Ouédraogo.

