Cancer foudroyant : quand la maladie ne laisse presque pas le temps
Une boule apparue “il y a à peine quelques semaines”. Une fatigue qui terrasse sans prévenir. Et soudain, un mot tombe, lourd, violent. Foudroyant. Au Burkina Faso, certains cancers avancent à une vitesse qui bouleverse des familles entières. Le Pr Augustin Bambara appelle à ne jamais attendre.

Le mot fait peur. Foudroyant. Il évoque la soudaineté, la brutalité, l’impression que tout s’accélère sans laisser le temps de comprendre. En médecine, on parle de cancer foudroyant, fulminant ou fulgurant lorsqu’une tumeur s’installe et évolue très rapidement, menaçant la vie en un laps de temps relativement court.
Existe-t-il des cancers qui seraient, par nature, condamnés à évoluer plus vite que les autres ? Le Pr Augustin Bambara, cancérologue médical nuance. Il n’y a pas de cancers agressifs par définition. Dans chaque type de cancer, sein, côlon, poumon ou autres, il existe des formes plus agressives que d’autres. Deux personnes atteintes d’un même cancer peuvent connaître des trajectoires très différentes. Certains cancers sont toutefois réputés pour leur évolution rapide, notamment celui du pancréas, souvent diagnostiqué tardivement et associé à un pronostic difficile.
Au Burkina Faso, les cancers les plus fréquents, tous sexes confondus, sont ceux du sein, du foie, du col de l’utérus, de la prostate et de la vessie. Parmi eux, le cancer primitif du foie se distingue par son agressivité. Cette réalité est d’autant plus marquante qu’il est largement évitable, notamment grâce à la prévention et à la vaccination contre l’hépatite B.
Pourquoi cette impression d’emballement dans certains cas ? Les facteurs de risque restent ceux des cancers en général, tabac, alcool, infections chroniques comme l’hépatite B ou le papillomavirus, expositions toxiques. À cela peuvent s’ajouter des anomalies génétiques qui rendent les cellules cancéreuses plus invasives, plus rapides, plus résistantes aux mécanismes de défense de l’organisme. Un terrain fragilisé peut aussi favoriser une évolution accélérée.
Le plus déroutant, c’est qu’un cancer foudroyant ne porte pas d’étiquette visible au départ. Ce sont la vitesse de progression et l’aggravation rapide des symptômes qui interpellent. Une masse qui grossit en peu de temps. Une fatigue intense qui s’installe brutalement. Un amaigrissement marqué en quelques semaines. Souvent, le qualificatif de foudroyant s’impose après coup, face à la rapidité de l’évolution.
Les chances de survie ne dépendent pas uniquement du type de cancer. Elles reposent sur une succession d’étapes décisives, le délai avant la consultation, la rapidité des examens, la confirmation du diagnostic, l’initiation du traitement et son efficacité. Plus ces délais sont courts, plus les chances augmentent. En cancérologie, le temps pèse lourd.
Le spécialiste insiste sur les trois niveaux de prévention. Participer régulièrement au dépistage pour les cancers accessibles comme ceux du sein, du col de l’utérus et du côlon. Et recourir à la vaccination contre l’hépatite B et le papillomavirus pour les jeunes filles de 0 à 14 ans. Une fois le diagnostic posé, la rapidité de la prise en charge reste déterminante. Aussi, devant une boule inhabituelle, un saignement anormal, une douleur persistante ou tout changement inquiétant, consulter sans attendre peut faire toute la différence. Un cancer détecté tôt et pris en charge rapidement offre de réelles chances de survie, même lorsqu’il évolue vite.
Le cancer fait peur, surtout lorsqu’il semble avancer sans prévenir. Mais l’information, la vigilance et la rapidité d’action restent des armes puissantes.
Madina Belemviré
