Confessions d’une ancienne exciseuse : « J’ai été emprisonnée trois fois »

Dans un petit village à proximité de Kaya ( située à une centaine de kilomètres de Ouagadougou) madame O, une exciseuse âgée de 75 ans, ouvre les portes de son passé sombre. Notre rencontre révèle une existence marquée par trois périodes d’incarcération, une lame constamment à portée de main, et une transformation inattendue vers la rédemption.

L’excision, une pratique aux conséquences dévastatrices, persiste encore dans certaines régions d’Afrique, malgré les efforts continus pour l’éradiquer. Cette mutilation génitale féminine, souvent perpétrée dans le cadre de traditions culturelles, implique l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes des femmes. Les raisons derrière cette pratique complexe sont diverses et souvent enracinées dans des normes socioculturelles profondément ancrées.

L’une des motivations fréquemment évoquées est la préservation de la pureté et de la chasteté des jeunes filles. Dans certaines communautés, l’excision est perçue comme une initiation à l’âge adulte et à la féminité, censée garantir la virginité avant le mariage. Convaincue de cette croyance, madame Zeynabo Ouédraogo ( nom d’emprunt), qui a été initiée par sa grand-mère, en a fait son activité. Pendant les vacances, certains parents lui envoyaient leurs enfants pour qu’elle les excise. Sur place également, ceux qui étaient au courant de son activité lui confiaient également leurs enfants, de 3 à 12 ans et plus.

Même si elle a décidé d’arrêter cette pratique après avoir eu de nombreux problèmes avec la justice, madame Ouédraogo est toujours tourmentée quand elle entend parler de police.

Dans sa modeste demeure, la tension était palpable lorsque nous l’interrogions au sujet de son passé d’exciseuse. Son regard trahissait la peur, laissant transparaître les cicatrices d’un parcours tumultueux. Malgré nos assurances que nous n’étions pas la police, elle n’était toujours pas rassurée.

Sa fille qui servait d’intermédiaire, intervenait à plusieurs reprises pour apaiser ses craintes, rappelant que notre intention était d’entendre son histoire et non de la juger. « Êtes-vous certaine que la police ne va pas encore venir m’arrêter ? »demanda-t-elle, exprimant ses appréhensions profondes.

Dénoncée une première fois, madame Ouédraogo fut incarcérée à la Maison d’arrêt et de correction de Kaya après avoir été dénoncée par des témoins pour avoir excisé une fille de 7 ans. Libérée, elle ne renonça pas à son métier clandestin, reprenant ses activités malgré les dangers encourus. Mais cette arrestation ne la dissuada pas d’arrêter et elle replongea dans son travail secret d’exciseuse. Elle fut de nouveau interpellée puis placée à la Maison d’arrêt et de correction de Kaya.

Libérée à nouveau, elle n’allait pas échapper à une troisième arrestation qui est injustifiée cette fois-ci selon ses dires. En effet, une exciseuse habitant dans le même quartier que madame Ouédraogo a excisé une petite fille, ce qui a compliqué la situation. Dans les enquêtes de la police, les témoins l’ont confondue avec elle en raison de ses antécédents.

Après cette troisième détention, quelque chose changea. Madame O, désormais libre, fit le serment de ne plus jamais pratiquer l’excision. Sa prise de conscience s’étendit même à ses collègues exciseuses, les exhortant à abandonner leurs lames. « A ma sortie de prison, j’ai décidé d’arrêter ce travail qui ne me causait que des ennuis car je ne voulais plus retourner en prison. Tout le monde m’avait abandonné, seule ma fille venait me rendre visite et me donnait à manger« , a-t-elle confié avec la voix pleine d’émotion.

Madame Ouédraogo, autrefois attachée à une tradition controversée, trace désormais son chemin vers la rédemption, marquant un tournant dans sa vie et plaidant pour l’abandon de cette pratique préjudiciable.

Une pratique aux conséquences néfastes

Au Burkina Faso, selon l’article 513-7,
est puni d’une peine d’emprisonnement de un an à dix ans et d’une amende de cinq cent mille (500 000) à trois millions (3 000 000) de francs CFA, quiconque porte ou tente de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital féminin par ablation, par excision, par infibulation, par insensibilisation ou par tout autre moyen.

Si la mort en est résultée, la peine est un emprisonnement de onze ans à vingt et un ans et une amende de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA.

Les mutilations génitales féminines nuisent gravement à la santé sexuelle de la femme selon le Président de la Société des gynécologues et obstétriciens du Burkina (SOGOB), le Pr Charlemagne Ouédraogo. Elles peuvent causer une stérilité de la femme et engendrer des complications à l’accouchement.

« De mon expérience, j’ai vu une femme accoucher par le périnée et l’anus parce que les cicatrices au niveau du vagin étaient telles qu’il n’y avait plus de passage pour cet enfant et les contractions utérines étant fortes, l’enfant s’est frayé un chemin en déchirant le périnée de sa mère, le rectum pour sortir par l’anus« , a-t-il confié soutenant que la mutilation est un facteur de risque de mortalité maternelle sans compter tous les troubles sexuels chez les femmes.

Crédit image: Flash Burkina 

Madina Belemviré

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