Embolie pulmonaire : au CHU de Bogodogo, plus d’un patient sur cinq admis en cardiologie en souffre
Essoufflement brutal, douleur dans la poitrine, malaise… L’embolie pulmonaire s’impose progressivement comme une préoccupation majeure pour les cardiologues burkinabè. Selon des données partagées par le Dr Arthur Segda, médecin cardiologue au CHU de Bogodogo, près de 600 patients ont été hospitalisés pour cette affection entre 2017 et 2021, soit plus d’un malade sur cinq admis en cardiologie.

Au service de cardiologie du CHU de Bogodogo, l’embolie pulmonaire est aujourd’hui devenue une véritable préoccupation pour les spécialistes.
En cinq ans, cette affection a représenté environ 22 % des hospitalisations. Un chiffre qui interpelle, d’autant plus que le service disposait initialement de seulement treize lits d’hospitalisation et trois lits de soins intensifs. Plus préoccupant encore, le nombre de cas n’a cessé de progresser depuis 2017.
Ces données, partagées par le Dr Arthur Segda à partir d’une étude réalisée par l’équipe de cardiologie du CHU de Bogodogo, confirment une tendance que plusieurs spécialistes observaient déjà depuis une quinzaine d’années. L’embolie pulmonaire est en train de prendre une place de plus en plus importante dans le paysage des maladies cardiovasculaires au Burkina Faso.
Elle survient lorsqu’un caillot sanguin, le plus souvent formé dans une veine des jambes, migre jusqu’aux poumons et obstrue une artère pulmonaire. Le sang circule alors moins bien et le cœur doit fournir un effort supplémentaire pour continuer à alimenter l’organisme. Sans prise en charge rapide, l’évolution peut être dramatique.
L’étude montre que les femmes étaient les plus touchées. Les chercheurs ont observé qu’il y avait un peu moins d’hommes que de femmes parmi les patients pris en charge pour une embolie pulmonaire, avec environ 86 hommes pour 100 femmes.. L’âge moyen des patients est de 54 ans, mais la maladie peut frapper à tout âge. Le plus jeune malade recensé avait 15 ans et le plus âgé 97 ans. Dans la grande majorité des cas, les patients avaient entre 37 et 71 ans.
Les médecins ont également identifié plusieurs facteurs de risque qui reviennent fréquemment chez les patients. La sédentarité, l’obésité et l’immobilisation de plus de 72 heures figurent en tête de liste. Des situations de plus en plus fréquentes avec les changements de mode de vie et le manque d’activité physique.
Les symptômes sont généralement brutaux. Plus de huit patients sur dix souffraient de difficultés respiratoires ou de douleurs thoraciques au moment de leur admission. Certains présentaient également une toux accompagnée de crachats sanguinolents. Dans environ 13 % des cas, les patients ont perdu connaissance ou ont fait un malaise important, des signes qui peuvent annoncer une forme grave de la maladie.
Car l’embolie pulmonaire peut être redoutable. Entre 13 et 15 % des patients présentent une forme sévère nécessitant une prise en charge intensive. Malgré les traitements disponibles, environ un malade sur dix décède. Les taux de mortalité les plus élevés ont été observés entre 2020 et 2022, une période qui coïncide avec la pandémie de Covid-19.
Au-delà des chiffres, cette progression pose un véritable défi au système de santé. Les examens permettant de rechercher certaines causes de la maladie sont coûteux, tout comme certains traitements spécialisés. Pour les cardiologues, il devient indispensable de renforcer les capacités de prise en charge et de poursuivre les efforts d’équipement des hôpitaux.
Une chose est cependant certaine, devant un essoufflement soudain, une douleur thoracique inhabituelle, un malaise ou une perte de connaissance, il ne faut pas attendre.
Madina Belemviré

