Hépatite B, alcool, obésité : le trio qui tue notre foie
Derrière bien des ventres gonflés, des peaux jaunies et des fatigues sans fin, se cache souvent un foie qui a cessé de filtrer. Chez nous au Burkina, la cirrhose tue doucement, portée par un virus silencieux qu’on attrape souvent dès la naissance, l’hépatite B. Et quand le foie dit stop, il est déjà trop tard pour le ramollir.

Dans beaucoup de familles, il y a toujours une tante, un oncle ou un voisin qu’on a vu maigrir soudainement, jaunir, ou se plaindre d’un ventre devenu trop gros sans grossesse ni gros repas. Certains disent que c’est la sorcellerie, d’autres accusent un mauvais sort. Rarement, on pense au foie. Pourtant, derrière ce ventre gonflé et ce regard fatigué, c’est bien souvent la cirrhose qui tire les ficelles.
Et la première responsable, chez nous, c’est l’hépatite B selon le Dr Lydie Sia Ouattara, hépato-gastroentérologue. Un virus qui ne fait pas de bruit, mais qui se transmet comme un héritage, de la mère à l’enfant, parfois dès la naissance. Une cicatrice invisible qui reste tapie, abîmant le foie année après année. Dix personnes sur cent sont aujourd’hui porteuses de ce virus au Burkina Faso. « L’hépatite B est la cause numéro un de la cirrhose chez nous, et elle se transmet souvent de la mère à l’enfant dès la naissance », confirme le Dr Ouattara. Certains découvrent leur infection à 50 ans, quand il est trop tard. D’autres la portent déjà à 20 ans, sans le savoir.
L’alcool, lui, vient souvent aggraver l’histoire. Un verre de trop, puis deux, puis trois, et le foie, déjà fragile, s’épuise encore plus vite. L’obésité aussi s’invite à la table. Trop de gras, trop de sucre, trop de repos. Ainsi, le foie gonfle, se gorge de graisse, se durcit, et finit par se transformer en un caillou qui ne filtre plus rien.
Le plus cruel, c’est le silence. La cirrhose ne frappe pas du jour au lendemain. Elle avance masquée. Au début, on est juste fatigué, on mange moins, on perd du poids. Puis le ventre commence à gonfler, les jambes à enfler, les yeux à jaunir. Quand le sang se met à sortir par la bouche ou quand la tête se perd dans la confusion, c’est que le foie a déjà rendu les armes. Et dans bien des cas, derrière la cirrhose, c’est le cancer du foie qui attend son tour.
On ne guérit pas une cirrhose, affirme le Dr Sia. On peut seulement la ralentir. On peut éviter qu’elle devienne un billet aller-simple vers le cancer. Comment ? Par des gestes si simples. Se faire dépister, vacciner ses enfants, suivre son traitement quand on est porteur de l’hépatite B, consommer moins l’alcool ou pas du tout, bouger plus, alléger l’assiette.
Ce n’est pas un secret de médecin, c’est du bon sens. Protéger son foie, c’est prolonger sa vie. Parce qu’un foie, ça ne se remplace pas. Quand il durcit, aucun gri-gri ni potion ne le rendra tendre. Alors autant l’écouter avant qu’il ne crie. Et lui dire merci, en prenant soin de lui, pendant qu’il filtre encore pour nous.
Madina Belemviré
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