Mortalité maternelle : quand l’ignorance tue des mères qu’on aurait pu sauver
Chaque année, près de 1 000 femmes meurent au Burkina Faso à cause de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Pourtant, selon l’OMS, près de 80 % de ces décès pourraient être évités si les signes de danger étaient connus et pris en charge à temps. Des drames qui laissent des familles endeuillées et des bébés orphelins, souvent simplement parce que personne n’a su dire : « Allons vite à l’hôpital ».

Elle s’appelait Nopoko. Dans quelques semaines, elle devait serrer son bébé dans ses bras. Sa famille préparait déjà les pagnes, le prénom avait été choisi. Mais un soir, elle a commencé à avoir de fortes douleurs au ventre. Elle pensait que c’était normal, que « ça allait passer ». Son mari, lui, ne savait pas que ce genre de douleur pouvait être un signe de danger. Quand la situation s’est aggravée, la famille a décidé de l’emmener à l’hôpital, mais Nopoko est décédée en cours de route, emportée par une complication que l’on aurait pu prévenir si elle avait été reconnue plus tôt.
Quelques jours après l’accouchement, Fatimata, une autre mère, ressentait des saignements abondants et une forte fièvre. Elle se sentait faible, et la douleur dans son ventre ne cessait pas. Pensant que tout cela était normal après l’accouchement, elle n’a pas alerté le personnel médical et son mari ne savait pas qu’il s’agissait de signes graves. Le pire est arrivé : Fatimata est morte, laissant derrière elle un nouveau-né et une famille en deuil.
Ce genre d’histoire, le Burkina Faso en connaît encore trop. Le professeur Adama Ouattara, gestionnaire d’incident pour l’élimination des Décès maternels, périnatals et riposte, rappelle qu’« actuellement, nous perdons autour de 900 à 1 000 femmes chaque année du fait de la grossesse ». Derrière ces chiffres, ce sont des mères, des sœurs, des épouses, des filles, qui disparaissent brutalement, laissant des familles brisées.

L’Organisation mondiale de la santé estime que près de 80 % de ces décès sont évitables. Cela signifie que si nous connaissions les signes d’alerte et réagissions vite, la majorité de ces femmes seraient encore en vie.
Le Dr Ousseini Compaoré, gynécologue obstétricien, insiste. Pendant la grossesse, certains signes doivent pousser à consulter immédiatement. Il s’agit des saignements vaginaux, douleurs abdominales aiguës, convulsions, maux de tête intenses, fièvre, respiration rapide ou difficile.
Après l’accouchement, d’autres signes peuvent indiquer un danger. Saignements importants, fièvre avec mauvaise odeur venant du vagin, maux de tête intenses accompagnés de troubles visuels ou de convulsions, douleur ou gonflement à une jambe, difficultés à respirer, ou encore tristesse profonde et idées noires.

Ce message ne s’adresse pas seulement aux femmes enceintes. Les maris, les mères, les belles-mères, les voisins, tous doivent connaître ces signes. Car parfois, c’est l’entourage qui peut sauver une vie en insistant pour aller immédiatement à l’hôpital.
Une vie sauvée, c’est un foyer préservé. Une mère qui survit, c’est un enfant qui grandit avec son premier repère. Alors, la prochaine fois que vous verrez l’un de ces signes, ne perdez pas une minute. Appelez, conduisez, insistez. Sauver une vie n’attend pas.
Madina Belemviré

