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“Toujours pas mariée ?” Quand une question devient une violence

Dans de nombreuses sociétés africaines, le mariage dépasse largement le cadre d’un choix personnel. Il est perçu comme une étape obligatoire, un passage attendu, parfois même comme la principale preuve de réussite pour une femme. Être mariée apporte respect et reconnaissance. Rester célibataire expose aux interrogations, aux soupçons, aux remarques insistantes. Avec le temps, la femme célibataire n’est plus simplement une personne qui suit son rythme, elle devient un sujet de discussion, un “problème” que l’entourage cherche à résoudre.

Dr Boubacar BAGUE, médecin psychiatre

Les phrases reviennent, presque toujours les mêmes. « Tu attends quoi ? » « Tu veux finir seule ? » « Tu es trop difficile. » « Regarde les autres, elles ont déjà des enfants. » Prononcées sur un ton léger ou inquiet, elles semblent parfois anodines. Pourtant, répétées semaine après semaine, année après année, elles s’accumulent, s’infiltrent et finissent par peser lourd.

On associe souvent la violence aux coups et aux cris. Mais, selon le Dr Boubacar Bagué, psychiatre et expert en psychotraumatologie, il existe une autre forme de violence, plus discrète et tout aussi destructrice, la violence psychologique chronique. Rabaisser une femme, la comparer, la culpabiliser, lui faire croire que sa valeur dépend d’un statut marital n’a rien d’un conseil bienveillant. D’après lui, cette répétition constante finit par atteindre directement l’identité.

La science va dans le même sens. Les recherches en psychiatrie et en neurosciences montrent que le cerveau est profondément affecté par ce qu’il subit de manière répétée. Être traitée comme une anomalie, être renvoyée sans cesse à l’idée d’un échec, être privée du droit de choisir son propre rythme de vie peuvent provoquer un traumatisme psychique chronique. Selon le Dr Bagué, à force d’entendre qu’elle a “raté sa vie”, une femme peut finir par l’intérioriser. Ce n’est ni une faiblesse ni un manque de caractère. C’est un mécanisme neuropsychologique.

Les conséquences sur la santé mentale sont bien réelles. Perte de confiance en soi, honte persistante, anxiété diffuse, troubles du sommeil, tristesse durable, isolement social avec évitement des réunions familiales, sentiment d’échec, parfois même idées suicidaires. D’après le spécialiste, ces réactions ne traduisent pas une fragilité personnelle. Elles sont des réponses normales à une pression anormale.

Il est donc essentiel de le rappeler. Être célibataire n’est pas une maladie. Ce n’est pas un échec, ni un retard, ni une anomalie. Pour le Dr Boubacar Bagué, chaque femme a son propre chemin, son propre rythme, ses propres aspirations. La valeur d’une femme ne dépend pas d’un mari, elle est intrinsèque. Poser des limites, refuser des conversations humiliantes, s’éloigner d’environnements toxiques, demander de l’aide pour protéger sa santé mentale ne relève pas de la rébellion, mais d’un acte de préservation psychique.

Les données issues des neurosciences affectives confirment que les injonctions répétées et les attentes sociales rigides peuvent entraîner des conséquences durables, comme l’anxiété chronique, la dépression ou une altération profonde de l’estime de soi. Soutenir sa fille ne consiste donc pas à la contraindre à une norme imposée, mais à respecter son autonomie, à valider son expérience et à créer un environnement protecteur pour sa santé mentale. La santé psychique n’est pas un luxe. C’est un droit fondamental.

Madina Belemviré

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