Violence conjugale au Burkina : une triste réalité aux conséquences multiples !

La violence conjugale est une réalité dans bien de couples au Burkina. Elle se vit sous plusieurs formes, notamment physique, sexuelle, économique, morale. Quelles peuvent être les conséquences psychologiques de ces différents types de violence au sein du couple ? Tentatives de réponses dans cet article.

« Imbécile, chienne, fille de pute, affamée, tu ne sers à rien, le chien même vaut mieux que toi, lui au moins il garde la maison, mais toi ta présence égale à ton absence ».

Tel est le cocktail d’injures selon les dires de madame X qui lui était servi quand elle vivait avec son mari.
Humiliée devant les gens, ses enfants et sa belle-famille, madame X qui a préféré garder l’anonymat dit avoir subit toute sorte de violence : sexuelle, morale, physique, psychologique et économique. « J’étais battue et sodomisée, chose qui a conduit à une dégradation de ma santé. A la fin du mois, il exigeait que je lui remette mon salaire soi-disant pour me montrer comment le gérer. Il me laissait la charge des factures d’eau, de la scolarité des enfants et leur habillement. Je subissais tout cela parce que j’avais vraiment peur de lui. Si je n’acceptais pas ce qu’il voulait, il m’insultait et me battait. J’avais honte d’en parler à quelqu’un parce que personne n’allait me croire vu que monsieur était tellement gentil et généreux devant les autres. Aussi, il avait pu me mettre dans la tête que j’étais celle qui apportait les troubles à la maison. C’était un pervers narcissique », raconte-elle. Se sentant mourir à petit feu, elle va prendre son courage à deux mains pour demander le divorce. « J’ai préféré quitter que de mourir, j’ai même fui laisser mes enfants quand il voulait porter atteinte à ma vie. Je me suis dirigée vers l’association des femmes juristes qui m’a orienté et guidé sur la conduite à tenir pour déposer une demande de divorce à la justice », a-t-elle confié.

Meurtre de deux femmes à Ouahigouya

Il y a quelques semaines de cela, les femmes de Ouahigouya sont descendues dans la rue pour protester contre les assassinats sauvages de leurs camarades. Il s’agit de Aminata Ouédraogo, une femme enceinte de trois et mère d’un garçonnet de 2 ans, assassinée le 2 mars 2020 par son mari et de Aguéra Zongo mère de 3 enfants et qui était à terme de sa grossesse. Elle a été tuée le 20 mai 2021 par son conjoint, un soudeur âgé de 50 ans à l’aide d’un couteau et d’une barre à mine.

Que dit la loi sur les violences faites aux femmes?

La loi 061-2015/CNT portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes et des filles et prise en charge des victimes, sur les violences faites aux femmes et aux jeunes filles, sanctionne toutes ces formes de violence à travers des peines d’emprisonnement qui varient de quelques mois à plusieurs années et des amendes qui varient de 5000 FCFA à des millions selon Julie Rose Ouédraogo, magistrat et membre de l’Association des femmes juristes (AFJ/B).

Pour les violences conjugales, précise le magistrat, la loi a fait en sorte que la répression ne puisse pas porter atteinte à l’harmonie familiale. Par exemple pour le viol conjugal, il s’agit juste d’une peine d’amende, aucune peine d’emprisonnement n’a été prévue.

Les hommes aussi ne sont pas épargnés

Même s’ils ont des difficultés à l’exprimer, les hommes aussi sont victimes de violences conjugales, en témoigne le cas de monsieur Yqui dit être timide de nature. « Cela faisait 3 ans que je me suis marié religieusement avec ma femme. Avec mon modeste salaire, j’ai réussi à l’inscrire dans une école professionnelle et grâce à l’aide de mes connaissances, je l’ai aidé à obtenir un job dans une grande société de la place », a-t-il indiqué. Selon les dires de monsieur Y, sa femme se comportait comme une fille célibataire. « Elle préparait à manger quand elle voulait. Souvent je suis obligé de ressortir chercher à manger. Sans me dire où elle partait, elle sortait et revenait à l’heure qu’elle voulait, souvent même à minuit. Si j’osais me plaindre, elle me balançait que le mariage n’est pas égal à une prison. Pourtant quand je lui proposais de sortir ensemble, elle trouvait toujours un prétexte pour refuser», a-t-il expliqué.

Et pire, poursuit-il, « nous n’avions plus d’intimité. Elle refusait carrément que je la touche soi-disant qu’elle est fatiguée et cela a duré 4 mois. Elle osait même me dire de me trouver une prostituée pour assouvir mes besoins. Pourtant, je l’ai surprise à plusieurs reprises en train de se masturber. J’ai essayé de discuter avec elle, mais c’était impossible ». La goutte d’eau qui a fait déborder le vase selon lui, c’est quand elle a insulté sa mère.

« Ce jour-là, elle est sortie et est revenue vers 1h du matin. Quand elle est rentrée, je lui ai demandé de partir de chez moi et elle a insulté ma mère et m’a traité de tous les noms : vaurien, incapable, j’ai honte même de dire que tu es mon mari. Si ce n’est pas à cause de foyer est-ce que tu peux m’avoir. Même si je l’aimais, j’étais à bout. Je n’arrivais plus à me concentrer au bureau et cela se ressentait dans mon travail. Après réflexion, j’ai décidé de me séparer d’elle », a-t-il expliqué.

Numéro vert pour dénoncer les violences

Depuis le lancement en mars du numéro vert (80 00 12 87) relatifs aux Violences basées sur le genre, le ministère en charge de la femme et de l’action humanitaire, a annoncé lors d’une conférence de presse le 30 avril, avoir répertorié 435 appels téléphoniques (hommes et femmes) sur l’ensemble du territoire. Ainsi, 4 types de violences ont été enregistrés par le ministère. Il s’agit des violences physiques, psychologiques, sexuelles, économiques. Mais de ce rapport, il ressort que les violences psychologiques sont les plus fréquentes.

Quelles peuvent être les conséquences des violences conjugales ?

La violence au sein du couple, explique Dr Sébastien Yougbaré, psychologue praticien, Maitre de Conférences en Psychopathologie clinique et Psychocriminologie, entraine un éclatement de l’enveloppe familiale. De son avis, un couple où il y a des violences a des difficultés à contenir les éléments émotionnels devant leurs enfants qui pourraient se retrouver en danger.

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Madina Belemviré

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