Certificat médical : quand un certificat fictif engage l’honneur et l’avenir du médecin.
Il y a ceux qui viennent consulter parce qu’ils souffrent vraiment…, et puis il y a les autres. Ceux qui débarquent, sourire aux lèvres, pour demander au médecin un “petit certificat de repos” ou un “papier pour l’école ou le patron”, sans la moindre fièvre ni douleur. Et quand le médecin refuse, ils le taxent de “sans cœur”.

«Nous sommes quotidiennement confrontés à cette pression sociétale qui voudrait réduire notre expertise à une simple signature. Chaque certificat sollicité sous la contrainte ou par complaisance n’est pas un acte anodin. C’est un pari risqué où l’on mise sa carrière contre un moment de tranquillité. En tant que médecin légiste et expert en réparation juridique du dommage Corporel, je vois les dégâts concrets lorsque ces documents, détournés de leur vocation, alimentent des contentieux, des fraudes ou pire », confie le Dr Cheick Ahmed Dao, médecin légiste et expert en réparation juridique du dommage corporel,
Selon lui, mettre la pression sur son médecin pour un certificat de complaisance, c’est lui demander de risquer son titre pour votre convenance personnelle. La confiance et l’intégrité sont les piliers de notre relation. « Le certificat médical, ce n’est pas juste une feuille. C’est un acte médical, une preuve scientifique et légale. Il protège des droits, il établit des faits, il peut décider du sort d’une affaire », a-t-il indiqué. Dans la vie quotidienne, ce document atteste qu’un individu est apte ou non à travailler, à faire du sport, à poursuivre ses activités. Mais dans la vie judiciaire, il devient une pièce maîtresse. Il décrit des lésions, mesure un préjudice, et peut faire basculer le cours de la justice.
C’est pourquoi la loi encadre strictement sa rédaction. « Le médecin ne peut certifier que ce qu’il a personnellement constaté. Une fausse attestation, c’est du faux et usage de faux », prévient le Dr Dao.
Le Code de déontologie est clair. L’article 31 du Décret n°2014-048/PRES/PM/MS interdit tout certificat de complaisance. Et les sanctions ne sont pas qu’administratives, elles peuvent aller jusqu’à la radiation, voire à des poursuites pénales. Un médecin qui rédige ou signe sciemment un certificat médical mensonger encourt 11 à 30 ans de prison, et une amende de 5 à 10 millions de francs CFA Article 373-9 et 373-10 du Code pénal.
Pourtant, certains cèdent encore à la tentation. Par pression sociale, souligne le spécialiste, par amitié ou par compassion. “Fais-moi ce papier, c’est juste pour éviter un problème avec mon chef…” Et le médecin, parfois, s’exécute. Mais ce “service” peut lui coûter sa carrière. « On oublie qu’un médecin a prêté serment. Il jure de ne pas nuire. En délivrant un faux certificat, il nuit à la justice, à la société, et à lui-même », insiste le Dr Dao.
Et le patient ? Il n’est pas non plus épargné. Utiliser un faux certificat, c’est aussi risquer une poursuite pour escroquerie. Sans parler du danger de retarder une vraie prise en charge médicale.
Alors la prochaine fois qu’un médecin refuse un certificat sans raison valable, inutile de le traiter de “mauvais”. Il protège simplement sa conscience, son honneur et la vérité.
Madina Belemviré
Crédit photo: CNOMB

