Myopie: quand on voit flou de loin
La myopie progresse silencieusement et touche de plus en plus d’enfants. Difficulté à voir le tableau, maux de tête répétés, besoin de se rapprocher pour mieux distinguer… Le Dr Sidoine Zongo, médecin ophtalmologiste, décrypte les signes à surveiller et les facteurs qui favorisent ce trouble visuel.

La myopie se manifeste par une difficulté à voir de loin alors que la vision de près reste nette. « Le myope voit bien de près et voit flou de loin », explique le Dr Sidoine Zongo. Cette situation s’explique simplement. Lorsque l’œil est trop long ou que sa puissance optique est trop forte, l’image se forme en avant de la rétine au lieu de se former directement dessus. Les objets éloignés deviennent alors flous.
Dans la vie de tous les jours, les signes sont souvent discrets au départ. L’enfant plisse les yeux pour lire le tableau et se rapproche pour mieux distinguer les lettres. Il peut se coller à la télévision ou tenir son cahier très près du visage. Des maux de tête apparaissent parfois après un effort visuel prolongé. Chez l’adulte, la gêne se remarque surtout lorsqu’il faut reconnaître un visage à distance ou lire un panneau de signalisation.
Face à ces symptômes, la consultation permet de confirmer le diagnostic. L’ophtalmologiste commence par échanger avec le patient afin de comprendre ses difficultés. Il mesure ensuite l’acuité visuelle à l’aide de tests adaptés. L’examen se poursuit par l’observation de l’œil à la lampe à fente, qui permet de vérifier l’état des différentes structures oculaires. Des instruments comme le skiascope et le réfractomètre complètent l’évaluation en mesurant précisément le défaut de vision. L’ensemble de ces examens aide à déterminer la correction nécessaire.
Pour le Dr Zongo, la myopie ne s’explique jamais par une seule cause. L’hérédité joue un rôle important. Lorsqu’un parent est myope, le risque augmente pour l’enfant. Lorsque les deux parents le sont, le risque est encore plus élevé, en particulier pour des formes plus marquées. Certains gènes influencent la longueur de l’œil et la solidité de sa paroi. Si l’œil s’allonge trop, l’image ne se projette plus correctement sur la rétine.
La structure même de l’œil peut aussi intervenir. Une cornée trop bombée ou un cristallin trop puissant modifient la façon dont la lumière est focalisée. Certaines maladies comme la cataracte ou le diabète peuvent également favoriser l’apparition d’une myopie.
Au-delà des facteurs biologiques, les habitudes de vie ont un impact réel. Le travail de près prolongé, comme la lecture intensive ou l’utilisation excessive des écrans, surtout chez les enfants, sollicite fortement l’œil. Le manque de temps passé à l’extérieur est également en cause. La lumière naturelle stimule la production de dopamine dans la rétine, une substance qui aide à freiner l’allongement excessif de l’œil. À l’inverse, un éclairage insuffisant oblige l’œil à fournir un effort constant pour voir de près, ce qui peut accentuer le problème avec le temps. Une tension excessive du muscle ciliaire peut aussi participer à cette évolution.
D’autres éléments du quotidien méritent attention. Une posture inadaptée en classe, un éclairage mal positionné, le manque de repos chez l’enfant ou un stress visuel chez l’adulte peuvent favoriser l’installation ou l’aggravation de la myopie. Le tabagisme pendant la grossesse peut entraîner une naissance prématurée, ce qui peut influencer la santé oculaire du nouveau-né. Une alimentation déséquilibrée peut également fragiliser l’organisme et affecter indirectement la santé des yeux.
Ainsi, la myopie résulte d’une combinaison de facteurs génétiques, anatomiques et environnementaux. Une prise en charge précoce et de bonnes habitudes de vie restent essentielles pour préserver la vision et limiter son évolution.

