Cancer du pancréas : le cancer dont on parle peu, mais qui tue beaucoup
Il se développe souvent sans bruit et ne se manifeste parfois que lorsque la maladie est déjà avancée. Peu connu du grand public, le cancer du pancréas figure pourtant parmi les cancers les plus meurtriers. Quels sont les signes d’alerte ? Qui est le plus exposé ? Peut-on s’en protéger ? Réponses avec Dr Carine Bagré Attiou, onco-chirurgienne.

Au Burkina Faso, il est le septième cancer le plus meurtrier. Dans le monde, il figure déjà parmi les cancers les plus redoutés en raison de son agressivité et de son faible taux de survie. Le plus inquiétant ? Il évolue souvent en silence et ne se manifeste qu’à un stade avancé.
Le pancréas est un organe situé derrière l’estomac et joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de l’organisme. Il participe à la digestion des aliments grâce à des substances qu’il produit et intervient à la régulation du taux de sucre dans le sang en sécrétant notamment l’insuline. Comme de nombreux cancers, celui du pancréas survient lorsque certaines cellules se mettent à se multiplier de façon incontrôlée. Avec le temps, elles peuvent former une tumeur et parfois se propager à d’autres parties du corps.
Le cancer du pancréas est l’un des cancers les plus meurtriers au monde. Selon GLOBOCAN 2022, plus de 510 000 personnes ont été diagnostiquées cette année-là et près de 467 000 en sont décédées. Au Burkina Faso, les chiffres traduisent la même réalité : 331 nouveaux cas ont été recensés en 2022 pour 327 décès.
Ce qui le rend particulièrement redoutable, c’est sa capacité à évoluer longtemps sans provoquer de symptômes spécifiques. Dans de nombreux cas, les premiers signes apparaissent lorsque la maladie est déjà à un stade avancé.
Les manifestations varient selon la localisation de la tumeur. Une douleur abdominale intense peut constituer un premier signal d’alerte. La jaunisse, caractérisée par une coloration jaune de la peau et des yeux, est également fréquente, notamment lorsque la tumeur se développe au niveau de la tête du pancréas. D’autres symptômes peuvent apparaître comme des troubles digestifs, des nausées, des vomissements, une diarrhée, une fatigue importante, une perte de poids ou encore une augmentation du volume de l’abdomen.

Si les causes exactes du cancer du pancréas ne sont pas toujours connues, certains facteurs favorisent clairement son apparition. Le tabac est le principal d’entre eux et serait impliqué dans près de 30 % des cas diagnostiqués. La consommation excessive d’alcool, l’obésité, le surpoids, la sédentarité ainsi qu’une alimentation déséquilibrée peuvent également favoriser son apparition. Certaines personnes présentent aussi un risque accru en raison de facteurs héréditaires ou génétiques. Des antécédents familiaux de certains cancers, notamment du sein, ou des mutations génétiques particulières peuvent augmenter les chances de développer la maladie.
L’absence de dépistage systématique explique également pourquoi ce cancer est souvent découvert tardivement. Lorsque le diagnostic est posé, le choix du traitement dépend du stade de la maladie. Les spécialistes peuvent recourir à la chirurgie, à la chimiothérapie, à la radiothérapie ou encore aux soins d’accompagnement destinés à améliorer la qualité de vie du patient. Même s’il n’est pas possible de prévenir tous les cas, l’adoption d’une bonne hygiène de vie reste l’une des meilleures armes. Arrêter de fumer, limiter la consommation d’alcool, pratiquer une activité physique régulière, maintenir un poids sain et privilégier une alimentation équilibrée permettent de réduire les risques.
Le cancer du pancréas touche principalement les personnes âgées. L’âge moyen au diagnostic est d’environ 70 ans dans le monde. Au Burkina Faso, il survient plus tôt, avec un âge moyen estimé à 55 ans selon les études.
Madina Belemviré

